La vie de Province
Le bonheur des grandes balades en nature, la tranquillité, l’espace, le temps… la gentillesse, le calme… du temps pour écrire. Enfin ! Le…
La vie de Province
Le bonheur des grandes balades en nature, la tranquillité, l’espace, le temps… la gentillesse, le calme… du temps pour écrire. Enfin ! Le rêve…
Pourtant, après cinq ans, le bilan est un peu amer. De belles expériences, de belles rencontres mais des histoires de harcèlement professionnel, de l’incompétence, des personnes prêtes à tout pour garder leur place, des coups tordus, des rumeurs, des calomnies.
J’ai pu comprendre ce que ça signifiait de travailler dans certains contextes figés, dans lesquels, les protagonistes n’ont jamais travaillé ailleurs. Telles des moules sur un rocher, ils s’accrochent, se resserrent en souriant pour vous faire glisser du rocher, et vous regardent vous noyer en riant.
Lors de ma dernière expérience, j’ai découvert un univers insoupçonné, un monde souterrain décrit par Jules Verne. Tombée dans une famille, mélange entre la famille Adams et “Festen”, j’ai ainsi expérimenté le poids des secrets de famille, les violences enfouies, les couples qui se déchirent, le harcèlement organisé, les brimades quotidiennes. J’ai encore du mal à digérer cette expérience, qui ressemblait à un mauvais pudding, un gloubi-boulga infecte.
J’en suis sortie avec des plumes en moins. C’est tellement tragico-comique, qu’il est impossible de ne pas en rire. Cadre, je me suis retrouvée à monter moi-même des expositions, à courir dix kilomètres dans un site énorme avant une soirée officielle, à nettoyer les toilettes à la dernière minute avant un spectacle, car tout le monde refusait de le faire et que le directeur n‘était pas là pour taper du point. Après, on m’a reproché d’être fatiguée, car je courrais partout pour faire le travail qui n’était pas fait. D’être trop fragile parce que personne ne m’adressait la parole, d’être obligée de recadrer des agents qui me parlaient comme si j’étais un chien, ou m’ignoraient, car j’étais sur leur territoire, celui qu’ils occupaient depuis 20 ans et qu’à force, ils allaient bien réussir à devenir cadres, eux.
C’était tellement comique, au final. Du mobbing avec une stagiaire, qualifiée d’autiste, alors qu’elle parlait trois langues, était calme et compétente, pour laquelle je me suis interposée. Simplement parce qu’une cadre était jalouse de son physique, et de ses compétences. Que dire de la fois, ou une personne a ouvert la porte pour me regarder en éclatant de rire et d’un autre, fan de casques à pointe, qui ne rêve que de revivre le bon temps de la Prusse…s’est moqué de mon intelligence.
Un nid d’aigle, repère pour la bêtise la plus crasse. Les brimades, le mépris, les rigolades au détriment d’autrui. Du harcèlement organisé, avec un groupe facebook privé pour se moquer d’un autre employé. Ah la fonction publique territoriale ! C’est un monde plein de belles et de mauvaises surprises. J’avais déja expérimenté ce système, où les personnes en place, dégomment des personnes diplômées et compétentes en faisant courir des fausses rumeurs, ou plutôt des calomnies.
Tous se sont habitués à ce fonctionnement et celui qui oserait le dénoncer ou l’accuser, serait aussitôt taxé de fou. J’ai essayé, mais j’ai compris que je n’avais plus qu’à déguerpir si je voulais retrouver une vie saine.
Au moins, mes idées étaient bonnes car la cadre qui s’immisçait dans tous mes dossiers les a récupérées à son compte. Et puis comme elle me l’avait dit “il y a des profils pour être harcelés.” Comme la stagiaire, comme moi, comme d’autres qui sont sans doute trop fragiles ? Ou alors serait-ce seulement parce que certaines personnes ont du mal avec l’injustice.
Alors, oui, la vie de Province, c’est chouette, mais il est bien plus difficile d’y faire sa place qu’à Paris, où la compétence est bien plus recherchée que l’appartenance locale.
Heureusement, après les aigreurs d’estomac, j’ai digéré, et je préfère en rire car ce comportement, je l’ai retrouvé aussi dans le milieu associatif. Pas de place ! Alors, bêtement, j’ai perdu confiance en moi, n’osant plus me rebeller quand en réunion, je me prenais des humiliations, des moqueries sur mes projets et des salves de mauvaise foi, des vols d’idées en direct, doutant au final de mes capacités.
Ainsi, pourquoi se rebeller ! J’ai seulement appris à culpabiliser d’être ce que je suis et je ne voulais pas être une victime. Comme ce gars avec qui je devais travailler et qui parlait de mes dossiers dans mon bureau comme si je n’existais pas avec la cadre, ogresse qui s’était hissée à la force des flatteries et délations. Au début, j’ai cru que c’était une blague ou que j’avais mal compris. C’est lui, le chasseur de sanglier quand je l’ai attrapé par le col, qui a pleurniché et m’a reproché d’avoir fait l’Ecole du Louvre. Je n’avais absolument pas à me plaindre, n’est-ce pas? Pourtant, j’étais contractuelle. Et ces sabotages, ces humiliations permanentes, ces rires, ces ignorances. Ce silence quand j’arrivais quelque part.
J’ai contacté le CHSCT mais j’ai eu peur, d’être seule face au groupe, d’être une victime, d’être fragile. Alors j’ai fait marche arrière, car venant d’arriver dans ce contexte professionnel, je risquais de me griller. J’ai toujours cette crainte aujourd’hui.
Que dire aussi de ces avances sexuelles affirmées et bien appuyées lors de la soirée de noël, presque niées ensuite. Je suis partie un mois après, car je n’en pouvais plus. J’étais, en effet, devenue fragile.
Maintenant, j’ai du mal à travailler ici, dans ce réseau local, calomniée, malmenée. Alors, tout doucement, je regarde de nouveau à travailler dans une grande ville et dans une institution culturelle, dans laquelle, la culture est au centre du débat et pas le harcèlement.
메타데이터
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- 2026-07-11 09:03:46