FLIES+: VERS UNE DÉMARCHE DIDACTIQUE EN ALPHABÉTISATION [#4]
L’extrait que nous allons traiter est issu de l’ouvrage Enseigner le français aux adultes migrants, rédigé par le maître de conférences en…
FLIES+: VERS UNE DÉMARCHE DIDACTIQUE EN ALPHABÉTISATION [#4]

© DEL5. X CBC. M3DIA.
L’extrait que nous allons traiter est issu de l’ouvrage Enseigner le français aux adultes migrants, rédigé par le maître de conférences en didactique des langues et en sociolinguistique Hervé ADAMI en 2020. Cet ouvrage traite dans l’ensemble de l’intégration des personnes nouvellement arrivées en France mais également en milieu francophone puis des formations linguistiques misent en place pour ces publics en prenant en considération les contextes et les enjeux qui y sont associés. L’extrait que nous allons étudier ensemble est le chapitre 4.1 intitulé Alphabétisation: de quoi et de qui s’agit-il ?
Dans un premier temps, nous verrons que l’alphabétisation est un processus. Dans un deuxième temps, nous observerons qui sont les analphabètes. Dans un troisième temps, nous analyserons les problèmes spécifiques des analphabètes allophones.
- L’alphabétisation est un processus
Tout d’abord, on nous informe que les termes “alphabétisation” et “literacy” ne signifient pas la même chose.
La literacy est un concept, tandis que l’alphabétisation est l’une de ses notions. Les objets d’étude de la literacy portent “sur l’apprentissage de la lecture et de l’écriture mais également dans les études sur la culture écrite” (2020: 127) et les notions étudiées sont celles “d’alphabétisation, celle de culture écrite, d’écrit, de lecture et d’écriture.” (2020: 128) Pour tenter de faire correspondre en français la polysémie de literacy comme concept, on a tenté d’introduire de nouveaux termes comme “alphabétisme” ou “lettrisme”. Hervé Adami déclare que lorsqu’on évoque la notion d’alphabétisation, cela nous renvoie à “l’apprentissage de la lecture et de l’écriture”. (2020: 128)
L’alphabétisation est un processus historique et individuel d’acculturation. Au cours de l’histoire et au fil des évolutions humaines, on a cherché à comprendre comment se met en place et se matérialise le processus cognitif dans l’alphabétisation des publics jeunes et adultes.
En d’autres termes, l’alphabétisation désigne “le processus qui conduit les sociétés et les individus à s’approprier la maîtrise de la lecture et de l’écriture et à mettre ce savoir en pratique dans leur vie sociale.” (2020: 129) Quant à la literacy (littéracie/littératie), elle correspond à “l’univers linguistique, sémiotique et social de l’écrit.” (2020: 129)
- Qui sont les analphabètes ?
Également connus sous l’appellation “non lecteur — non scripteur” (2020:130) ou sous le sigle NLNS, elle concerne “les personnes ne sachant ni lire ni écrire” (2020: 130) dans aucune langue (première ou seconde), n’ayant quasiment ou totalement pu profiter d’une scolarisation suffisante pour acquérir les bases en alphabétisation, voire en littératie. Ce phénomène représente à l’échelle nationale une majorité de “migrants” ainsi qu’une minorité de natifs d’après une étude annuelle menée lors de la Journée Défense et Citoyenneté (>1%).
Figure 1: Taux de littératie chez les adultes atteint entre 1950 et 2015 (Source: UNESCO)
À l’échelle internationale, on suppose que les sociétés ont de plus en plus une culture écrite, même pour celles qui sont les moins développées. Pour illustrer ce propos, il nous présente deux exemples qui révèlent la capacité des dits “analphabètes” à savoir exploiter leurs connaissances en contexte familier.
Exemple 1:“Ainsi, un analphabète, qui suivait un programme de formation dans les métiers de la propreté, savait-il lire avec une déconcertante facilité les étiquettes de produits servant au nettoyage des locaux. Il reconnaissait presque immédiatement des mots que moi, au contraire, je devais lire syllabe par syllabe. Pour « lire » les étiquettes, il reconnaissait bien sûr la forme du flacon, la couleur de l’étiquette, la longueur du mot, certaines associations de lettres aux formes caractéristiques dans le mot, etc. Quand j’ai voulu faire un petit test et lui faire lire ces mots hors de tout contexte, il a évidemment éprouvé énormément de difficultés à les « lire » mais il a tout de même réussi à en reconnaître quelques-uns.” (2020: 131)
Exemple 2: “Un autre, qui savait retirer de l’argent tout seul au distributeur — ce qui suppose a priori des compétences à l’écrit pour savoir lire les informations sur l’écran — est venu me voir pour l’aider puisqu’il n’y parvenait plus. En fait, il se servait toujours du même distributeur, que sa banque a un jour décidé de changer. Or, il avait appris par cœur toutes les étapes de l’opération en « lisant » les consignes. Il savait donc quoi faire et à quel moment, étape par étape, au fur et à mesure que la « page » de l’écran changeait. Dès lors que la machine avait changé, ainsi que l’interface, et que les consignes ne se présentaient plus tout à fait de la même façon, il ne pouvait plus le faire.” (2020: 131)
Ainsi, il apparaît clairement que le niveau zéro des compétences écrites est inconcevable, cependant il est naturel d’affirmer que tout utilisateur non-autonome dans aucune langue est par conséquent “analphabète”, du moins du point de vue du français, car tous les codes écrits ne sont pas forcément alphabétiques, il existe aussi à titre d’exemple le système cyrillique (pour le russe) ou encore le système logographique (pour le chinois) ainsi que d’autres systèmes d’écriture.
Là où il ne faut absolument pas faire d’amalgame entre les publics dits “alpha” et “FLE” en contexte d’enseignement-apprentissage, car succinctement le public alpha n’est pas ou peu alphabétisé (c’est-à-dire que c’est l’objectif visé), alors que le public FLE a une maitrise relative des codes écrits dans au moins une langue, ce qui facilite grandement l’apprentissage dans la langue cible. Sur l’aspect oral, l’observation est toute autre puisque les aptitudes de compréhension et de production peuvent être identiques qu’importe le public concerné. Mais pour nuancer le tout, toute activité proposée avec l’oral (“et non à l’oral” comme précisé dans l’article) se focalisera sur “les correspondances phonies/graphies et l’articulation entre les formes parlées et les formes écrites de la langue.” (2020: 132)
Figure 2: Comprendre, réfléchir et agir le monde : Balises pour l’alphabétisation populaire. Cadre de référence pédagogique de Lire Ecrire Belgique, 2017 (p.16) (Source: Duygu CELIK)
- Les problèmes spécifiques des analphabètes allophones
Les difficultés rencontrées par les “analphabètes allophones” sont nombreux pour ne pas dire multiples. Alors comment peut-on devenir autonome dans une langue qu’on ne comprend pas et qu’on ne sait ni lire ni écrire ? Pour ce faire, il faut en théorie avoir une autre langue sur laquelle s’appuyer.
Autre cas de figure possible, c’est celui de l’enfant qui utilise en même temps qu’il apprend la langue première. L’analogie choisie par l’auteur est celle de l’enfant qui découvre sa langue première et qui grâce à des stratégies cognitives parvient à émettre des hypothèses sur cette même langue. Le didacticien François GOUIN évoquait à sa manière ce sujet dans son ouvrage paru en 1880, L’art d’enseigner et d’étudier les langues, très représentatif de l’âge d’or de la méthode traditionnelle, l’auteur évoquait l’apprentissage des langues chez les enfants de la sorte: “la merveilleuse aptitude de l’enfant pour s’assimiler une langue, n’est pas un don: c’est le résultat d’un travail admirablement conduit, d’un procédé qui repose sur des principes encore inaperçus et souvent en parfaite contradiction avec ceux que proclament nos prétendues méthodes.
Donnez à un enfant de 4 ans, de 5 ans… une bonne grecque ou chinoise. Est-il vrai, oui ou non, que cet enfant parlera le grec, parlera le chinois au bout de 6 mois, de manière à confondre les plus grands philologues du monde ? Est-il vrai, d’autre part, que si ce même enfant avait pour maîtres ces mêmes philologues, au bout de 6 mois il ne saurait à peu près rien de ces deux langues ?
Donc l’enfant auprès de sa bonne, aurait un don, une faculté qu’il perdrait auprès des savants… Don et Instinct… deux mots, deux paroles vides de sens auxquels recourt l’homme pour excuser sa paresse ou dissimuler son ignorance.” (1880: 9–10)
Il ajoute en conclusion de sa précédente réflexion ceci: “L’enfant apprend en 6 mois, en un an au plus, à parler et à penser. L’adolescent ou l’adulte n’ayant à exécuter qu’une partie de ce travail, puisqu’il sait penser, peut donc sans peine apprendre en 6 mois, en un an au plus, une langue donnée: fût-ce le chinois, le japonais, l’arabe, le sanscrit, l’allemand ou l’anglais.” (1880: 10)
En somme, ils disposent certes de moins d’outils et c’est l’une des principales raisons qui font que l’apprentissage est plus laborieux et qu’il doit être adapté pour travailler autant l’oral que l’écrit. Néanmoins, comme énoncé précédemment les apprenants ne sont pas en reste et ne manquent pas de ressources quand à leur capacité d’adaptation en milieu endolingue, ils se créent des repères qui leur sont propres et c’est en portant un oeil attentif à ses stratégies que peut-être nous parviendrons à rendre l’alphabétisation fonctionnelle encore plus efficace pour le public NLNS.
CBC. M3DIA.
메타데이터
- post_id
- eb950f9a20dd
- slug
- flies-vers-une-démarche-didactique-en-alphabétisation-4-eb950f9a20dd
- url
- https://medium.com/@cbcm3dia.xyz/flies-vers-une-d%C3%A9marche-didactique-en-alphab%C3%A9tisation-4-eb950f9a20dd
- canonical_url
- https://medium.com/@cbcm3dia.xyz/flies-vers-une-d%C3%A9marche-didactique-en-alphab%C3%A9tisation-4-eb950f9a20dd
- author_url
- https://medium.com/@cbcm3dia.xyz
- status
- ok
- fetched_at
- 2026-06-27 10:07:59