Ṿaʾéra (5783) — Une plaie qui fait mouche
Quelle est la nature de la quatrième plaie ?
Ṿaʾéra (5783) — Une plaie qui fait mouche
Quelle est la nature de la quatrième plaie ?

The Plague of Flies (1896–1902), James Tissot
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Adapté d’un debhar Thora prononcé à la mémoire de la Rabbanite Stella Esther bath Ḥanna ע״ה, Esther bath Ḥanna ע״ה, et Simḥa bath Stria ע״ה, le Shabath 28 Ṭébhéth 5783 (le samedi 21 janvier 2023), à Etz Haïm, en présence du Rav Adam OUAKNIN et la communauté, pendant la seʿoudha shelishith.
Dans la plupart des ʾagadoth de Pesaḥ, lorsque vient le moment où nous rappelons les plaies d’Egypte, la quatrième plaie, appelée en hébreu עָרֹב (ʿarobh), est traduite par « bêtes féroces ». En revanche, lorsque nous nous intéressons de près à la signification exacte de ce terme, nous nous retrouvons dans une impasse. En effet, regardons le texte original :
כִּ֣י אִם־אֵינְךָ֮ מְשַׁלֵּ֣חַ אֶת־עַמִּי֒ הִנְנִי֩ מַשְׁלִ֨יחַ בְּךָ֜ וּבַעֲבָדֶ֧יךָ וּֽבְעַמְּךָ֛ וּבְבָתֶּ֖יךָ אֶת־הֶעָרֹ֑ב וּמָ֨לְא֜וּ בָּתֵּ֤י מִצְרַ֙יִם֙ אֶת־הֶ֣עָרֹ֔ב וְגַ֥ם הָאֲדָמָ֖ה אֲשֶׁר־הֵ֥ם עָלֶֽיהָ׃ וְהִפְלֵיתִי֩ בַיּ֨וֹם הַה֜וּא אֶת־אֶ֣רֶץ גֹּ֗שֶׁן אֲשֶׁ֤ר עַמִּי֙ עֹמֵ֣ד עָלֶ֔יהָ לְבִלְתִּ֥י הֱיֽוֹת־שָׁ֖ם עָרֹ֑ב לְמַ֣עַן תֵּדַ֔ע כִּ֛י אֲנִ֥י יְהֹוָ֖ה בְּקֶ֥רֶב הָאָֽרֶץ׃ וְשַׂמְתִּ֣י פְדֻ֔ת בֵּ֥ין עַמִּ֖י וּבֵ֣ין עַמֶּ֑ךָ לְמָחָ֥ר יִהְיֶ֖ה הָאֹ֥ת הַזֶּֽה׃ וַיַּ֤עַשׂ יְהֹוָה֙ כֵּ֔ן וַיָּבֹא֙ עָרֹ֣ב כָּבֵ֔ד בֵּ֥יתָה פַרְעֹ֖ה וּבֵ֣ית עֲבָדָ֑יו וּבְכׇל־אֶ֧רֶץ מִצְרַ֛יִם תִּשָּׁחֵ֥ת הָאָ֖רֶץ מִפְּנֵ֥י הֶעָרֹֽב׃
“Que si tu ne renvoies pas mon peuple, moi je susciterai contre toi et tes serviteurs et ton peuple et tes maisons, les animaux malfaisants; les maisons des Égyptiens seront envahies par eux, comme aussi la contrée où ils demeurent. Je distinguerai, en cette occurrence, la province de Gessen où réside mon peuple, en ce qu’il n’y paraîtra point d’animaux malfaisants afin que tu saches que moi, l’Éternel, je suis au milieu de cette province. Oui, je ferai une séparation salutaire entre mon peuple et le tien; c’est à demain qu’est réservé ce prodige.’” Ainsi fit l’Éternel. Un formidable essaim d’animaux pénétra dans la demeure de Pharaon et dans celles de ses serviteurs; dans tout le pays d’Égypte, la terre était infestée par eux.” — Exode 8 : 17–20
Le terme עָרֹב (ʿarobh) signifie « mélange », comme nous le montre le verbe לְעַרֵב (leʿarébh) — « mélanger » –. De même, le ***Targoum ʾOnqelos* traduit le terme עָרֹב (ʿarobh) par עָרוֹבָא (ʿarobha), qui signifie « mélange » en araméen, sans précision supplémentaire¹. Enfin, la **Bible du Rabbinat propose une traduction ambigüe de ce terme : « animaux malfaisants » ou « essaim d’animaux ». Cette ambiguïté est volontaire, car, comme l’a exprimé le [Rav Lazare Wogue](https://fr.wikipedia.org/wiki/Lazare_Wogue)**[²](#709e), cette manière de traduire le terme עָרֹב (ʿarobh) vise à réconcilier les différentes exégèses de ce terme : celles qui considèrent que ce terme désigne une « classe particulière d’animaux ou d’insectes »³, et celles qui considèrent qu’il s’agit « d’une multitude confuse de bêtes malfaisantes »⁴,⁵. D’ailleurs, ce débat exégétique ne date pas d’hier, puisque la nature de cette plaie faisait déjà l’objet de discussions parmi nos Sages, notamment entre **Rabbi Yehouda, qui pense qu’il s’agit de divers animaux sauvages, et [Rabbi Neḥemia](https://en.wikipedia.org/wiki/Rabbi_Nehemiah)**, qui pense qu’il s’agit d’une nuée d’insectes :
« “Pourquoi le ʿarobh a-t-il été amené sur eux ? Puisqu’ils disaient à Israël : ‘Allez-y et amenez-nous des ours, des lions et des léopards’ afin de les effrayer. Par conséquent, Dieu a amené un mélange d’animaux sauvages”, celles-là sont les paroles de Rabbi Yehouda. Rabbi Neḥemia a dit: “C’étaient des espèces d’insectes et de moucherons nuisibles.” Et les paroles de Rabbi Yehouda sont évidentes, comme il est écrit à propos des grenouilles, “et les grenouilles sont mortes” (Exode 8:9), puisqu’ils n’ont pas bénéficié de leurs peaux. Mais il y avait un avantage à tirer des peaux des animaux sauvages, par conséquent, il n’en restait aucun, car s’il y avait eu des insectes et des moucherons, ils auraient pourri. » (**Shemoth Raba*, 11 : 3 [traduction libre][⁶](#58f5)*)
L’ambiguïté du terme עָרֹב (ʿarobh) est dû au fait que le mot ערב (ʿ-r-b) est très rare dans le texte biblique⁷. Dans le cadre des plaies d’Egypte, le mot עָרֹב (ʿarobh) apparaît dans la sidhra de Ṿaʾéra, ainsi que dans deux Psaumes :
יְשַׁלַּ֬ח בָּהֶ֣ם עָ֭רֹב וַיֹּאכְלֵ֑ם וּ֝צְפַרְדֵּ֗עַ וַתַּשְׁחִיתֵֽם׃
“Il lança contre eux des bêtes malfaisantes*⁸ pour les dévorer, des grenouilles pour les ruiner.”— Psaumes 78 : 45*
אָ֭מַר וַיָּבֹ֣א עָרֹ֑ב כִּ֝נִּ֗ים בְּכׇל־גְּבוּלָֽם׃
“Il dit, et des bêtes malfaisantes firent irruption, la vermine sévit dans toute leur contrée.” — Psaumes 105 : 31
Pouvons-nous, malgré tout, essayer de décrire ce qu’il s’est produit pendant la quatrième plaie ?
Le terme עָרֹב (ʿarobh) désigne-t-il une horde d’animaux sauvages ?
La plupart des commentateurs traditionnels comprennent עָרֹב (ʿarobh) comme étant une horde d’animaux sauvages⁹. D’où cette idée peut-elle bien provenir ?
Tout d’abord, selon **Rashi¹⁰, le ***Bekhor Shor*¹¹ et **Rabbénou Abraham ben HaRambam*¹², le fait que D.ieu envoie le עָרֹב (ʿarobh) est à mettre en lien avec le fait que D.ieu envoie les bêtes sauvages sur les enfants d’Israël s’ils ne respectent pas l’Alliance, étant donné que le verbe שלח (« inciter » d’après Rashi) est employé dans ces deux passagaes de la Thora*¹³ :
כִּ֣י אִם־אֵינְךָ֮ מְשַׁלֵּ֣חַ אֶת־עַמִּי֒ הִנְנִי֩ מַשְׁלִ֨יחַ בְּךָ֜ וּבַעֲבָדֶ֧יךָ וּֽבְעַמְּךָ֛ וּבְבָתֶּ֖יךָ אֶת־הֶעָרֹ֑ב וּמָ֨לְא֜וּ בָּתֵּ֤י מִצְרַ֙יִם֙ אֶת־הֶ֣עָרֹ֔ב וְגַ֥ם הָאֲדָמָ֖ה אֲשֶׁר־הֵ֥ם עָלֶֽיהָ׃
“Que si tu ne renvoies pas mon peuple, moi je susciterai contre toi et tes serviteurs et ton peuple et tes maisons, les animaux malfaisants ; les maisons des Égyptiens seront envahies par eux, comme aussi la contrée où ils demeurent.” — Exode 8 : 17
מְזֵ֥י רָעָ֛ב וּלְחֻ֥מֵי רֶ֖שֶׁף וְקֶ֣טֶב מְרִירִ֑י וְשֶׁן־בְּהֵמֹת֙ אֲשַׁלַּח־בָּ֔ם עִם־חֲמַ֖ת זֹחֲלֵ֥י עָפָֽר׃
“Exténués par la famine, dévorés par la fièvre et des pestes meurtrières, j’exciterai contre eux la dent des carnassiers, et le venin brûlant des reptiles.” — Deutéronome 32 : 24
De plus, les Psaumes évoquent le fait que le עָרֹב (ʿarobh) a été envoyé pour « dévorer »¹⁴ les Egyptiens, ce qui expliquerait pourquoi le texte nous informe que la terre a été dévastée : les bêtes sauvages se seraient attaquées au bétail et aux Egyptiens¹⁵,¹⁶.
Comment comprendre le but de cette plaie si le terme עָרֹב (ʿarobh) désigne une horde d’animaux sauvages ? Comme le rapporte **Pr. Nahum M. Sarna*¹⁷, l’invasion d’animaux sauvages dans le pays d’Egypte en tant que catastrophe est un motif que nous pouvons trouver dans la littérature antique, comme dans la Prophétie de Néferti*, où, avant le rétablissement de l’ordre et de la Loi dans le royaume d’Egypte par le Pharaon Amenemhat Ier suite à la chute de l’Ancien empire égyptien, une série de malheurs s’abattent sur l’Egypte, dont l’invasion du pays d’Egypte par des animaux sauvages, face à laquelle la population égyptienne est impuissante :
« Les bêtes du désert boiront au fleuve d’Égypte,
Ils reposeront sur ses rives,
Car il n’y aura personne pour les effrayer.
La terre est dans le désarroi, et personne ne connaît le résultat. » (Prophétie de Néferti [à partir de la traduction en anglais par V. A. Tobin])
D’après **Pr. Raphaël Draï**¹⁸, cette plaie constituée d’animaux sauvages vise à affaiblir le pouvoir de Pharaon. En effet, dans le Proche-Orient ancien, le souverain (perçu comme étant le cosmocrate) était souvent représenté tenant dans son filet de chasse tous les animaux sauvages qui, s’ils étaient libérés, dévasteraient le pays. Protéger la terre d’Egypte des animaux sauvages était donc la fonction de Pharaon, et, par conséquent, une horde d’animaux sauvages dévastant le pays lors de cette plaie remet sérieusement en cause le pouvoir de Pharaon.
De plus, selon Draï, le mot עָרֹב (ʿarobh), mettant l’accent sur « le mélange, la sortie des limites, le début de la confusion »¹⁹, permet de mettre en évidence le fait que l’invasion du pays d’Egypte par des animaux sauvages affecte l’organisation socio-culturelle de l’Egypte. Tout d’abord, la plupart des dieux égyptiens sont représentés avec des têtes d’animaux, et chaque figuration animale comporte une signification théologique déterminée. Or, l’invasion de la terre d’Egypte par toutes sortes d’animaux revient à introduire la confusion dans le Panthéon des dieux égyptiens. D’autant plus que les animaux sont utilisés en tant que symboles à la fois pour le langage du pays et pour l’organisation administrative du royaume :
« Par ailleurs la symbolique animale intervient dans la constitution du langage et de l’écriture égyptienne, comme le montre un simple coup d’œil à l’alphabet hiéroglyphique dans lequel les sons sont désignés par des figures d’animaux. L’invasion du êroub tend à provoquer une véritable confusion du langage égyptien. Mais aussi celle des symboles institutionnels qui régissent l’organisation administrative du territoire de l’Egypte divisé en nomes dont chacun avait un animal-dieu pour totem identificatoire. L’invasion de bêtes fauves en bande indistinctes ne pouvait que jeter la confusion dans l’identification administrative sur laquelle s’appuyait le pouvoir de Pharaon et son appareil de domination. » (La sortie d’Egypte, p. 220)
Mais, paradoxalement, l’interprétation selon laquelle le terme עָרֹב (ʿarobh) désigne une horde d’animaux sauvages rend notre lecture du texte biblique moins compréhensible. Tout d’abord, comme le précise Rabbénou Abraham ben HaRambam²⁰, qui a vécu lui-même en Egypte, il est rare que des fauves apparaissent à cause de la nature du terrain du pays d’Egypte, et, par conséquent, l’apparition des fauves en Egypte constitue un miracle en soi d’après Rabbénou Abraham ben HaRambam. De plus, l’apparition de fauves en Egypte lors de cette plaie implique d’autres miracles concernant le comportement des animaux en eux-mêmes. Prenons quelques exemples tirés de l’ouvrage de **Rav Yaʿaqobh Kouli**²¹ :
« Normalement, les animaux dangereux ne s’associent pas entre eux. Mais en Egypte, il y avait la paix parmi les animaux, et ils se sont tous réunis. C’était comme s’ils avaient reçu l’ordre de ne pas s’attaquer les uns les autres, seulement les Égyptiens. […] Même si un Égyptien marchait dans un groupe d’Israélites, les animaux choisiraient l’Égyptien et l’attaqueraient. Même lorsque les Égyptiens se cachaient dans les maisons israélites, ils n’étaient pas à l’abri des attaques. » (Méʿam Loʿéz, p. 207–208 [à partir de la traduction en anglais par R. Aryeh Kaplan])
Or, le seul miracle véritablement mentionné dans le texte biblique est le fait que D.ieu annonce que la région de Gessen, où vivent les enfants d’Israël, sera épargnée du fait qu’Il établit une distinction entre les Hébreux et les Egyptiens²². Comme l’explique Pr. Draï, le but est double : (1) faire comprendre à Pharaon que D.ieu réside sur la terre²³, révélant alors les limites du pouvoir de Pharaon ; et (2) annoncer aux enfants d’Israël que leur statut d’esclave étranger sur cette terre s’apprête à prendre fin.
Finalement, s’il y avait eu un changement radical dans le comportement des animaux sauvages (qui, de surcroît, sont rares en terre d’Egypte si nous croyons Rabbénou Abraham ben HaRambam), pourquoi le texte biblique n’évoque pas ce si grand miracle²⁴ ? Au contraire, comme l’exprime le **Rav Moshe Shamah**²⁵, s’il est question d’une invasion d’animaux sauvages en Egypte, le texte aurait raconté la plaie autrement :
« L’interprétation selon laquelle le mélange fait référence à un assortiment d’”animaux sauvages” […] ne convient pas au contexte. Le récit de l’Exode déclare : “je susciterai contre toi et tes serviteurs et ton peuple et tes maisons, le mélange; les maisons des Égyptiens seront envahies par le mélange” (Exode 8 : 17). Si des lions et des tigres et ainsi de suite qui agissaient conformément à leur nature avaient été envoyés contre Pharaon, les Égyptiens et leurs maisons, la peur que les bêtes auraient suscitée et la mort et la dévastation provoquées auraient nécessairement été décrites différemment de ce que le texte décrit. Si de tels animaux ne s’étaient miraculeusement pas comportés conformément à leur nature, la “merveille dans la merveille” aurait nécessité une explication ou au moins reçu une reconnaissance. Les animaux sauvages auraient sûrement été anormaux à ce motif de peste. » (Recalling the Covenant, p. 293–294 [traduction libre])
Un exemple de comportement inhabituel que nous pouvons remarquer est indiqué dans le verset suivant :
« Ainsi fit l’Éternel. Un formidable essaim d’animaux pénétra dans la demeure de Pharaon et dans celles de ses serviteurs; dans tout le pays d’Égypte, la terre était infestée par eux. » (Exode 8 : 20)
Le fait qu’une masse de divers grands prédateurs aient réussi à s’introduire dans les demeures des Egyptiens nous laisse perplexe. Même en admettant cela, nous pourrions affirmer que les Egyptiens se seraient barricadés chez eux, empêchant ainsi l’arrivée d’animaux sauvages. Enfin, même en admettant que ces animaux auraient réussi à s’introduire de force dans leurs demeures, le silence du texte biblique à ce sujet interroge ! Egalement, si le terme עָרֹב (ʿarobh) désigne une horde d’animaux sauvages, le passage suivant devient énigmatique :
« Le Seigneur accomplit la parole de Moïse et il éloigna le mélange de Pharaon, de ses serviteurs et de son peuple; il n’en demeura pas un. » (Exode 8 : 27)
Que signifie « Il éloigna le mélange de Pharaon, de ses serviteurs et de son peuple » si le terme עָרֹב (ʿarobh) fait référence à des animaux sauvages ? Comme le note **Pr. Robert Alter*²⁶, le verset suggère le fait que ce mélange infestait toute la cour royale et la population entière (ce qui n’est évidemment pas un comportement attendu de grands prédateurs), et n’évoque aucunement le fait que les Egyptiens ont été démembrés par les animaux ! Et si, finalement, le terme עָרֹב (ʿarobh*) faisait référence à autre chose que des animaux sauvages ?
Le terme עָרֹב (ʿarobh) désigne-t-il une nuée d’insectes ?
Il convient de mentionner le fait que les commentateurs chrétiens arrivent aux mêmes conclusions que Rabbi Neḥemia quant à la signification du terme עָרֹב (ʿarobh)²⁷. Tout celui qui ouvre une traduction chrétienne de la Bible remarquera qu’il est question d’une invasion d’insectes lors de la quatrième plaie²⁸. Nous pouvons nous poser la question suivante : qu’est-ce qui permet d’appuyer cette idée ?
Il convient d’aller faire un tour dans la traduction en italien de la Bible hébraïque par **Samuel David Luzzatto (SHaDaL)*, qui traduit le terme עָרֹב (ʿarobh) par « miscuglio » (mélange), en ajoutant la précision suivante : « (di belve, o d’insetti) » (de bêtes ou d’insectes). Son commentaire²⁹ permet de comprendre pourquoi a-t-il décidé de traduire le terme עָרֹב (ʿarobh*) ainsi.
Après avoir rapporté, d’une part, l’opinion de **Flavius Josèphe, d’après qui, toutes sortes d’animaux sauvages ont envahi l’Egypte³⁰, ainsi que Psaumes (78 : 45) : « Il lança contre eux des bêtes malfaisantes pour les dévorer » , et, d’autre part, l’opinion de [Rashbam](https://fr.wikipedia.org/wiki/Rashbam), d’après qui עָרֹב (ʿarobh) désigne des loups³¹, Shadal rapporte d’autres sources soutenant la thèse selon laquelle le terme עָרֹב (ʿarobh) désigne une nuée d’insectes. Tout d’abord les [Septante](https://fr.wikipedia.org/wiki/Septante), puis [Philon d’Alexandrie](https://fr.wikipedia.org/wiki/Philon_d%27Alexandrie)**[³²](#b335), qui traduisent le terme עָרֹב (ʿarobh) par κυνόμυιαν (kunomia) — littéralement « mouche de chien » –, identifié comme étant probablement Stomoxys calcitrans, ou la mouche charbonneuse, qui, comme l’explique Pr. Sarna³³, est une mouche hématophage vivant dans les régions tropicales et subtropicales, et connu pour transmettre certaines maladies, dont l’anthrax ou la maladie du charbon.
De plus, Shadal rapporte d’autres sources ne se fondant pas sur les Septante, à commencer par **Aquila de Sinope, que nous connaissons dans notre tradition sous le nom de ʿAqilas *HaGuér, un élève de **Rabbi ʿAqibha** qui a composé une traduction de la Thora en grec³⁴. Dans sa traduction conservée dans les Hexaples* d’[Origène](https://fr.wikipedia.org/wiki/Orig%C3%A8ne)**[³⁵](#b0ac), Aquila traduit עָרֹב (ʿarobh) par « toutes sortes de mouches »³⁶. Shadal rapporte également **Jérôme de Stridon*, l’auteur de la Vulgate, la traduction en latin de la Bible. Pour traduire la Bible hébraïque en latin, Jérôme n’a pas recours à la traduction en grec des Septante, mais au texte massorétique. De plus, lorsqu’il se rend à Bethléem pour entreprendre son travail de traduction, il apprend auprès de plusieurs Juifs l’hébreu, l’araméen, et les diverses traditions juives³⁷. Lorsqu’il traduit le terme עָרֹב (ʿarobh), Jérôme emploie l’expression « omne genus muscarum »* (toutes sortes de mouches)³⁸.
Il existe plusieurs raisons qui peuvent nous laisser penser que le texte biblique évoque bel et bien des insectes³⁹. Tout d’abord, comme le note **Pr. Gary A. Rendsburg⁴⁰, le fait que le prophète Isaïe compare l’armée égyptienne à des mouches⁴¹ montre qu’il s’agit d’animaux tout à fait communs en Egypte⁴². De plus, comme le note [Mitchell First](https://rootsandrituals.org/about/)**[⁴³](#adb2), il paraît plus intuitif de considérer qu’un « mélange » se réfère à des animaux de petite taille, plutôt qu’à des animaux de grande taille, qui prennent de la place. De fait, pour Shadal, la désignation d’un essaim d’insectes par le terme עָרֹב (ʿarobh) permet de mieux comprendre comment se fait-il que des animaux aient pu envahir les demeures des Egyptiens, et pourquoi ces derniers n’ont pas pu se protéger de cette plaie.
Le **Rav Pr. Umberto Cassuto*⁴⁴, en observant le déroulement des plaies, avance un autre argument permettant de supposer que la quatrième plaie consistait en une invasion d’insectes. D’après lui, les dix plaies sont constituées de paires associées entre elles via une thématique commune : les deux premières plaies (le sang et la grenouille) ont pour thème commun le Nil, la cinquième et la sixième plaie (la peste et les ulcères) ont pour thème commun la maladie, la septième plaie et la huitième plaie (la grêle et les nuées) ont pour thème commun la destruction des récoltes, et, enfin, la neuvième plaie et la dixième plaie (les ténèbres et la mort des premiers-nés) ont pour thème commun l’obscurité⁴⁵. Par conséquent, il semble cohérent que la quatrième plaie ait un thème en commun avec la troisième plaie : celle des poux. D’ailleurs, comme le note le Rav Shamah⁴⁶, le verset des Psaumes (105 : 31) que nous avons rapporté plus haut associe la plaie de כִּנִּים (kinnim) — traduit par « vermine » dans la Bible du Rabbinat, mais désigne les poux –, avec le עָרֹב (ʿarobh*).
De fait, si עָרֹב (ʿarobh) désigne une nuée d’insectes, alors, à l’instar de Shadal, nous pouvons comprendre que, lorsque le psalmiste dit : « Il lança contre eux le ʿarobh pour les dévorer »⁴⁷, il ne s’agit pas d’une expression à comprendre dans sa littéralité, tout comme la fin de ce verset dit de manière hyperbolique : « des grenouilles pour les ruiner »⁴⁸.
Conclusion
Comme l’enseigne le **Rambam*, lorsque, en ce qui concerne une partie non-légale de la Thora, plusieurs opinions contradictoires pour l’expliquer sont présentées, et qu’aucune solution n’est proposée (par exemple, la Guemara* qui affirmerait explicitement que tel Sage a raison), alors nous pouvons suivre l’opinion qui nous paraît la plus raisonnable :
« Dans toute question où il y a divergence et où l’on n’apporte pas de solution applicable, il est possible de choisir en faveur de l’une des interprétations de préférence à l’autre. Nous l’avons déjà mentionné à plusieurs reprises dans nos commentaires sur la Mishna*⁴⁹. » (Epître sur la résurrection [traduit en français par Jean de Hulster], Verdier, p. 132–133)*
Ceci s’explique par le fait que les Sages du Sanhédrin ont seulement l’autorité pour traiter de la loi, mais pas pour trancher les fondamentaux de la foi, la aggada ou la hashqafa — la pensée, la philosophie — tout comme on trancherait la halakha⁵⁰. Nous pouvons comprendre cette idée dans le commentaire du ***ʾOr HaḤayyim** à propos de proposer une compréhension du texte différente de celle des Sages lorsqu’il ne s’agit pas de halakha *:
« Tu dois donc savoir que D.ieu a accordé la permission d’interpréter le sens des versets en utilisant notre intelligence pour faire des recherches, même si, à l’occasion, les conclusions auxquelles nous arrivons semblent contredire les interprétations traditionnelles des génies des générations précédentes. C’est le sens de la règle שבעים פנים לתורה, qu’il y a 70 façons d’interpréter la Thora. Tant que nos interprétations n’aboutissent pas à des décisions halakhiques qui vont à l’encontre de nos traditions, nous sommes parfaitement en droit de poursuivre notre propre chemin. C’est la raison pour laquelle les enseignants du Talmud n’étaient pas libres d’interpréter la Thora de manière à ce que leurs décisions halakhiques entrent en conflit avec celles des enseignants de la Mishna. En ce qui concerne les interprétations de la signification du texte écrit de la Torah, vois-donc que les Amoraʾïm sont souvent en désaccord avec les Tannaʾïm, les enseignants de la Mishna. » (ʾOr HaḤayyim sur Genèse 1 : 1 [à partir de la traduction en anglais par R. Elie Munk])
En l’occurrence, quand bien même de nombreux commentateurs ont considéré que עָרֹב (ʿarobh) désigne une horde d’animaux sauvages envahissant l’Egypte, il ne nous est aucunement interdit de préférer l’opinion de Rabbi Neḥemia à ce sujet si nous avons de bonnes raisons de penser que son opinion est raisonnable, quand bien même il s’agirait d’une opinion minoritaire. En ce qui nous concerne, au vu des éléments que nous avons avancés dans ce debhar Thora, nous avons de bonnes raisons de penser que le texte biblique évoque un essaim d’insectes envahissant la terre d’Egypte⁵¹.
Références bibliographiques et notes additionnelles
[1] Le ***Targoum Neofiti n’est guère plus précis en employant, suivant les versions des fragments retrouvés, le terme ערברובא/ערובא, signifiant « vermine » ou « mélange ». Toutefois, le [Targoum Pseudo-Jonathan](https://fr.wikipedia.org/wiki/Targoum_Pseudo-Jonathan) et le [Tafsir](https://fr.wikipedia.org/wiki/Tafsir_(Saadia)) du [Rav Saʿadia Gaʾon](https://fr.wikipedia.org/wiki/Saadia_Gaon)*** traduisent ce terme par « bêtes sauvages ».
[2],[3],[4] Wogue, Lazare Eliezer. (1862). “Le” Pentateuque: Exode, note 5, p. 65. Au passage, le Rav Wogue affirme qu’il aurait laissé le terme עָרֹב (ʿarobh) sans traduction « s’il ne nous eût paru convenable que chaque plaie fût désignée par un nom connu. »
[5] Pour un passage en revue des différentes opinions existantes à propos de la signification du mot עָרֹב (ʿarobh), voir https://alhatorah.org/Dictionary:%D7%A2%D6%B8%D7%A8%D6%B9%D7%91
[6] Voir aussi ***Midrash Tanḥouma**, Ṿaʾéra*, 14.
[7] En fait, le mot ערב (ʿ-r-b) était utilisé auparavant pour désigner le corbeau envoyé par Noé après le Déluge (Genèse 8 : 7) — lu עֹרֵב (ʿorébh) dans le texte original –. D’ailleurs, d’après une opinion (voir Shemoth Raba, 11 : 2 ; et **Rabbi Nathan dans ***Midrash Tehillim*, 78 : 11), la quatrième plaie était caractérisée par l’envoi de corbeaux, ainsi que de rapaces, dans le pays d’Egypte, précisément à cause de la ressemblance entre עָרֹב (ʿarobh) et עֹרֵב (ʿorébh). Notons aussi que le Rashbam (sur Exode 8 : 17) pense que עָרֹב (ʿarobh) désigne une meute de loup, étant donné que le texte biblique (voir Jérémie 5 : 6 ; et Céphania 3 : 3) associe cet animal avec la nuit, appelée עֶרֶב (ʿèrèbh). Nous ne suivrons aucune des deux pistes dans ce debhar Thora, mais ceci nous montre que le terme עָרֹב (ʿarobh) est ambigu, et qu’il a fait l’objet d’interprétations très diverses. D’ailleurs, Mitchell First (“The Plague of Arov: A New Understanding”. Jewish Link (en ligne). URL = https://jewishlink.news/features/16800-the-plague-of-arov-a-new-understanding) n’exclut pas l’hypothèse selon laquelle un ancien idiome compris de tout le monde, mais dont la clarté a fini par s’estomper au cours des âges.
[8] Nous pouvons noter que le traducteur en français des Psaumes dans la Bible du Rabbinat semble avoir considéré que עָרֹב (ʿarobh) désigne un mélange de plusieurs animaux sauvages. Notons aussi que le Targoum des Psaumes (78 : 45) traduit עָרֹב (ʿarobh) par עירבובי חיות ברא (« une horde de bêtes sauvages »). En revanche, concernant Psaumes 105 : 31, le Targoum des Psaumes traduit simplement עָרֹב (ʿarobh) par עירבובין (« hordes »).
[9] En guise d’exemples, nous pouvons citer **Ibn Ezra (sur Exode 8 : 17), qui pense que le עָרֹב (ʿarobh) se réfère à un mélange de divers animaux sauvages, comme les lions, les loups, les ours et les léopards, tandis que Rashi (sur Exode 8 : 17) pense que ce terme désigne un mélange de toutes sortes d’animaux sauvages, ainsi que des serpents et des scorpions. Au passage, nous trouvons également cette compréhension du terme עָרֹב (ʿarobh) en tant qu’animaux sauvages en dehors de la tradition rabbinique, puisque Flavius Josèphe (Antiquités judaïques, II : 14 : 3) affirme que D.ieu a envoyé en Egypte des animaux qui n’ont jamais été rencontrés auparavant et que « les hommes périrent sous leurs dents et que la terre fut privée des soins des laboureurs, et tout ce qui échappait à leurs ravages était détruit par la maladie, encore que les hommes, eux, pussent la supporter ». De plus, le* **Livre de la Sagesse *(11 : 15–20), un livre apocryphe connu en grec sous le titre de Sagesse de Salomon, évoque la plaie des bêtes féroces en tant que punition pour les Egyptiens d’adorer des animaux en tant que divinités. Le **Rav Joshua Waxman (“What was Arov ?”, parshablog. URL = http://parsha.blogspot.com/2011/01/what-was-arov.html) rapporte que les Qaraïtes comprennent עָרֹב (ʿarobh) comme étant des animaux sauvages. Enfin, comme le rapporte [Binyamim Tsedaka](https://www.israelite-samaritans.com/benyamim-tsedaka/)* (The Israelite Samaritan Version of the Torah, p. 142), la plupart des Samaritains comprennent qu’il s’agit d’une plaie constituée de divers animaux sauvages, le terme עָרֹב (ʿarobh) étant compris d’après eux comme étant l’abréviation de רֶמֶשׂ — בְּהֵמָה — עוֹף (ʿoph — rèmèsh — behéma*) — « les oiseaux — les créatures rampantes — les bêtes » –.
[10] Rashi sur Exode 8 : 17.
[11] Bekhor Shor sur Exode 8 : 17.
[12],[20] Rabbénou Abraham ben HaRambam sur Exode 8 : 17.
[13] Voir aussi Lévitique 26 : 22.
[14] Psaumes 78 : 45. Voir aussi **Ramban sur Exode 8 : 18 ; et **Rabbénou Baḥyā ben Asher sur Exode 8 : 19.
[15] Voir Targoum ʾOnqelos sur Exode 8 : 20 ; Rashi sur Exode 8 : 20 et sur Psaumes 78 : 45 ; et le Bekhor Shor sur Exode 8 : 20. Selon le **Rav Isaac Leeser* (The Twenty-Four Books of the Holy Scriptures: Carefully Translated according to the Massoretic Text, on the Basis of the English Version, after the Best Jewish Authorities; and Supplied with Short Explanatory Notes, note d p. 74), ce passage montre qu’il ne peut s’agir d’insectes. Notons toutefois que la traduction de la Bible du Rabbinat dit que la terre était « infestée » par les animaux. Ceci provient de la traduction proposée par le Rav Lazare Wogue (voir “Le” Pentateuque: Exode, note 6, p. 66–67), qui explique que la terre ne peut avoir été complètement dévastée puisque c’est ce qui arrivera suite à la septième et la huitième plaie. Au passage, le Rav Wogue note que le terme תִּשָּׁחֵת (tisshaḥéth), employé pour évoquer la dévastation de la terre d’Egypte, est conjugué au futur, alors que dans la version samaritaine du Pentateuque, il est écrit ותשחת, où l’ajout du ו (waw) permet de changer un futur au passé (voir aussi Cahen, Samuel. La Bible, Traduction Nouvelle, note 20 p. 32a). D’après le Rav Pr. Umberto Cassuto (Commentary on the Book of Exodus*, p. 108), ceci peut être expliqué par le fait que l’hébreu ancien, en particulier dans le dire poétique, ne fait pas de distinction entre les temps.
[16] Notons aussi que, selon le **Rav Yona ibn Jannaḥ (Séphèr HaShorashim) et le [Rav S. R. Hirsch](https://fr.wikipedia.org/wiki/Samson_Raphael_Hirsch)* (sur Exode 8 : 17), le terme עָרֹב (ʿarobh) aurait la même étymologie que le mot עֲרָבָה (ʿarabha), qui désigne le « désert ». Cependant, comme le note Mitchell First (“The Plague of Arov: A New Understanding”. Jewish Link (en ligne). URL = https://jewishlink.news/features/16800-the-plague-of-arov-a-new-understanding), les animaux ne semblent pas être la caractéristique principale d’un désert, et il n’est donc pas possible de conclure que עֲרָבָה (ʿarabha*) se réfère à des animaux du désert.
[17] Sarna, Nahum M. (1996). Exploring Exodus: The Origins of Biblical Israel, p. 87.
[18] Draï, Raphaël. (1986). La sortie d’Egypte, p. 217–221.
[19] Ibid., p. 220.
[21] Notons que la littérature midrashique amplifie très largement l’aspect miraculeux de cette plaie, alors que, comme nous le noterons un peu plus loin, le seul miracle véritablement mentionné dans la Thora à propos de cette plaie est le fait que la terre de Gessen est épargnée du fléau.
[22] Exode 8 : 18–19.
[23] Ibid. : 18.
[24] Nous adhérons à l’opinion d’Ibn Ezra (sur Genèse 46 : 27), qui est perplexe concernant l’absence d’un miracle dans le texte biblique pourtant évoqué dans le Midrash. D’après Ibn Ezra, il est impossible que le texte biblique passe sous silence un évènement miraculeux. Ramban, quant à lui, est partisan de la thèse selon laquelle il est possible que la Thora ne mentionne pas certains miracles de manière explicite (voir son commentaire sur Genèse 6 : 19). Cependant, même en admettant l’idée que la Thora minimiserait les miracles, ceci n’explique aucunement pourquoi la Thora ne mentionne pas tous les miracles qu’impliquent cette plaie !
[25] Shamah, Moshe. (2015). Recalling the Covenant, p. 293–294
[26] Alter, Robert. (2008). The Five Books of Moses A Translation With Commentary, note 17 p. 392.
[27] Notons aussi, comme le rapporte Binyamim Tsedaka (The Israelite Samaritan Version of the Torah, p. 142), que **Merqah* (IVème siècle), un des sages Samaritains les plus respectés de son peuple, pensait que עָרֹב (ʿarobh) faisait référence à une nuée d’insectes du fait de la ressemblance avec le mot ʿarebh*, qui désigne les insectes en hébreu biblique.
[28] Quelques traductions juives évoquent également une invasion de la terre d’Egypte par des insectes lors de la quatrième plaie, et non des animaux sauvages, comme la traduction en français de la Bible hébraïque par **Samuel Cahen, qui traduit עָרֹב (ʿarobh) par « mélange d’insectes », ou la traduction du Pentateuque en anglais par le Grand Rabbin d’Angleterre et de l’Empire britannique [Joseph H. Hertz](https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Hertz), qui emploie l’expression “swarm of flies” (essaims de mouches), que nous retrouvons également dans la traduction en anglais de la Bible hébraïque par la ***Jewish Publication Society*. Notons aussi qu’**André Chouraqui*, dans sa traduction en français de la Bible, utilise le terme « anophèle » (un moustique redouté pour transmettre le paludisme) pour traduire עָרֹב (ʿarobh*).
[29] Shadal sur Exode 8 : 17.
[30] Voir note 9.
[31] Voir note 7.
[32] De vita Mosis, 1 : 130–132.
[33] Sarna, Nahum M. (1991). Exodus = [Shemot] : the traditional Hebrew text with the new JPS translation, p. 42.
[34] Talmud Yeroushalmi, traité Meghilla, 1 : 9.
[35] Field, Frederick. (1875). Origen Hexapla, p. 94.
[36] Comme le rapportent **Carl Friedrich Keil et [Franz Delitzsch](https://en.wikipedia.org/wiki/Franz_Delitzsch) dans leur commentaire de la Bible, [Symmaque l’Ebionite](https://fr.wikipedia.org/wiki/Symmaque_l%27%C3%89bionite)*, qui a également compose une traduction de la Bible en grec qui figure dans les Hexaples*, traduit עָרֹב (ʿarobh) par πάμμυια, qui signifie « toutes sortes de mouches ».
[37] A ce propos, voir Toy, Crawford Howell & Krauss, Samuel. JEROME (EUSEBIUS HIERONYMUS SOPHRONIUS): in Jewish Encyclopedia (en ligne). URL = https://www.jewishencyclopedia.com/articles/8601-jerome-eusebius-hieronymus-sophronius
[38] Dans le même ordre d’idée, la **Bible du roi Jacques* (King James Bible en anglais), une traduction en anglais de la Bible à partir du texte massorétique, traduit עָרֹב (ʿarobh) par “swarms of flies”* (essaims de mouches).
[39] Quant à savoir de quel type d’insecte il s’agit, plusieurs pistes peuvent se présenter à nous. Tout d’abord, le long de ce debhar Thora, il est évoqué la possibilité qu’il s’agisse de mouches. Mais il pourrait très bien s’agir du scarabée, et plusieurs arguments peuvent soutenir cette idée : (1) le scarabée est un animal commun en Egypte, et représentait Khépri, une divinité égyptienne associée à la renaissance du Soleil (et qui est donc associé à Râ, le dieu solaire et la divinité suprême dans le Panthéon égyptien), et (2) comme l’explique Mitchell First (“The Plague of Arov: A New Understanding”. Jewish Link (en ligne). URL = https://jewishlink.news/features/16800-the-plague-of-arov-a-new-understanding), les scarabées sont appelés en grec karabos et en égyptien kh-p-r. Il est tout à fait possible que la prononciation de ces mots ressemble au mot עָרֹב (ʿarobh). D’autres pistes sont également envisagées : Samuel Cahen (La Bible, Traduction Nouvelle, note 17 p. 31a-b) rapporte que certains ont considéré qu’il s’agissait de la Blatta aegyptiaca, une espèce de hannetons, et Mitchell First rapporte que certains auteurs pensent qu’il n’est pas question d’un insecte en particulier, mais de vers, sachant qu’ils sont appelés en akkadien urbatu, qui, d’après ces auteurs, est un mot pouvant être proche du mot hébreu עָרֹב (ʿarobh). Quoiqu’il en soit, nous n’avons aucun moyen de savoir de quel animal il s’agit exactement.
[40] Rendsburg, Gary A. (2003). “Beasts or Bugs?”. Bible Review, 19:2, p. 23.
[41] Isaïe 7 : 18.
[42] D’ailleurs, Nahum Sarna (Exodus = [Shemot] : the traditional Hebrew text with the new JPS translation, p. 42) rapporte que cela pourrait expliquer pourquoi la terre de Gessen est épargnée par la plaie, car le climat de cette région est de type méditerranéen, et non tropical ou substropical. La nature miraculeuse des plaies d’Egypte mérite une discussion à part entière dans un autre debhar Thora.
[43] First, Mitchell. (2017). “The Plague of Arov: A New Understanding”. Jewish Link (en ligne). URL = https://jewishlink.news/features/16800-the-plague-of-arov-a-new-understanding
[44] Cassuto, Umberto. (1951). Commentary on the Book of Exodus, p. 93.
[45] Pour reprendre les mots du Rav Cassuto, il s’agit à la fois de l’obscurité provoqué par les ténèbres affectant l’Egypte pendant trois jours et de l’obscurité suscitée par la mort des premiers-nés.
[46] Shamah, Moshe. (2015). Recalling the Covenant, p. 294.
[47] Psaumes 78 : 45.
[48] Au passage, nous pouvons également évoquer le commentaire de Philon d’Alexandrie (De vita Mosis, 19 : 109–112), qui montre que le but n’est pas de tuer les Egyptiens, sinon D.ieu aurait envoyé des fauves ou des cobras égyptiens, et non « de tels animaux insignifiants et généralement méprisés ». D’après Philon, cette plaie vient nous enseigner que, tandis que les hommes qui entrent en guerre cherchent à s’allier avec les plus grandes puissances pour gagner la bataille, D.ieu, « qui est le suprême et le plus puissant de toutes les puissances », n’a pas besoin d’assistant, et peut tout à fait choisir des créatures insignifiantes plutôt que des bêtes redoutables pour accomplir Son plan.
[49] Voir Commentaire de la Mishna du Rambam sur Soṭa 3 : 3, Shebhouʿoth 1 : 4, Sanhédrin 10 : 3. Voir aussi Séphèr HaMiṣwoth leRambam, prescription négative n° 133.
[50] A ce propos, voir l’introduction de Ḥobhoth HaLebhabhoth par **Rabbénou Baḥya ibn Peqouda* et Faur, José. (2005). The Horizontal Society : Understanding the Covenant and Alphabetic Judaism*, vol. 1., p. 80.
[51] Au moment où ces lignes sont écrites, nous n’avons pas le mérite de comprendre la réfutation des paroles de Rabbi Neḥemia avancée dans le Midrash.
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