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#LEADERS — Guillaume Niarfeix : “L’énergie est redevenue une affaire de puissance”

Aujourd’hui, j’ai la joie d’échanger avec mon camarade Guillaume Niarfeix, diplômé de l’Executive Master de l’École Polytechnique, d’un…

mindrush · 2026-03-23 08:42 · 0 claps · 8.6 min read
#énergie #souveraineté #réindustrialisation #afrique #géopolitique
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Wiki topics: ⚖️ · Law & Justice

#LEADERS — Guillaume Niarfeix : “L’énergie est redevenue une affaire de puissance”

Aujourd’hui, j’ai la joie d’échanger avec mon camarade Guillaume Niarfeix, diplômé de l’Executive Master de l’École Polytechnique, d’un Executive MBA à HEC et figure clé du rayonnement français en Afrique de l’Ouest.

Président de la CCI France-Nigeria et Conseiller au Commerce Extérieur de la France, il joue un rôle central dans les relations bilatérales et bénéficie d’un accès direct aux plus hautes sphères de l’État sur les enjeux africains et énergétiques.

Décoré de la Légion d’honneur, il conjugue expertise industrielle, diplomatie d’influence et engagement éducatif, notamment à travers le Lycée Louis Pasteur de Lagos.

Dirigeant de terrain avec plus de vingt ans d’expérience dans l’énergie, il incarne une génération de leaders à vision globale.

Dans un contexte géopolitique tendu — marqué par les tensions entre États-Unis, Israël et Iran — il publie l’ouvrage « Electrochoc — réarmer l’Europe de l’énergie » aux éditions Le Cherche Midi et nous alerte sur la vulnérabilité énergétique européenne.

Cet échange explore souveraineté, industrie et recomposition des équilibres énergétiques mondiaux.

1. Le retour de l’énergie comme levier de puissance géopolitique

Nicolas Jambin : Tu publies un livre sur l’énergie au moment où l’actualité énergétique et géopolitique s’embrase. Hasard du calendrier ou symptôme d’un problème plus profond ?

Guillaume Niarfeix : Je ne vais pas te dire que je m’en réjouis. Mais clairement, ça confirme ce que je dis depuis des années : on a sous-estimé le rôle stratégique de l’énergie. Aujourd’hui, avec les tensions entre les États-Unis, Israël et l’Iran, on voit bien que l’énergie redevient une arme géopolitique centrale.

Le détroit d’Ormuz, les routes du pétrole, les capacités de production… tout est sous pression. Et derrière, ce sont les prix qui explosent, les chaînes d’approvisionnement qui vacillent, et l’industrie européenne qui prend de plein fouet le choc.

Ce qui est frappant, c’est que ce n’est pas une surprise. Ça fait longtemps que les signaux sont là. Mais on a fait comme si l’énergie était un sujet secondaire, presque technique. C’est une erreur majeure.

En 2025, Richard Ferrand, président du Conseil constitutionnel, a remis les insignes de chevalier dans l’Ordre national du Mérite à Guillaume Niarfeix.

En 2025, Richard Ferrand, président du Conseil constitutionnel, a remis les insignes de chevalier dans l’Ordre national du Mérite à Guillaume Niarfeix.

2. Le décrochage énergétique européen : origines et conséquences

Nicolas Jambin : Justement, dans ton livre Electrochoc tu parles de “désarmement énergétique” de l’Europe. À quel moment on a décroché ?

Guillaume Niarfeix : À partir des années 90, très clairement. L’Europe a commencé à considérer l’énergie comme un marché comme un autre. On a libéralisé, fragmenté, dérégulé… en pensant que le marché ferait le travail.

Le problème, c’est que l’énergie n’est pas un marché classique. C’est un système physique, avec des investissements sur 30, 40, parfois 60 ans. Ça demande de la planification, de la vision, du temps long.

En remplaçant ça par des logiques de court terme et de signal prix, on a affaibli notre capacité collective à anticiper. Résultat : aujourd’hui, on importe plus de 60 % de notre énergie primaire. On finance notre propre dépendance.

Nicolas Jambin : Et dans ce contexte de guerre au Moyen-Orient, avec quelles conséquences concrètes pour l’Europe ?

Guillaume Niarfeix : Elles sont déjà là. Premièrement, une volatilité extrême des prix. Le pétrole et le gaz réagissent immédiatement aux tensions. Deuxièmement, une incertitude stratégique : les industriels ne savent plus à quel prix ils vont produire demain.

Troisièmement, et c’est le plus grave, une perte de compétitivité structurelle. Aujourd’hui, l’énergie en Europe coûte entre 4 et 6 fois plus cher qu’aux États-Unis.

Dans un contexte où les Américains sécurisent leurs approvisionnements et où les tensions internationales renforcent leur position énergétique, nous, on subit. Et on subit doublement : inflation pour les ménages, désindustrialisation pour les entreprises.

“Electrocohoc -Réarmer l’Europe de l’énergie”, paru aux éditions Le Cherche Midi

“Electrocohoc -Réarmer l’Europe de l’énergie”, paru aux éditions Le Cherche Midi

Nicolas Jambin : Quel regard portes-tu sur son l’action du Président Macron sur ces sujets ?

Guillaume Niarfeix : Il faut être honnête : il y a eu une évolution. Au début de son premier quinquennat, il s’inscrivait dans une continuité avec la fermeture progressive du nucléaire. Et puis il y a eu un tournant.

Assez rapidement, il a compris que c’était une erreur stratégique. On est passé d’une logique de fermeture à une logique de relance du nucléaire. C’est un changement profond.

Je pense qu’il a une capacité intellectuelle réelle à comprendre ces sujets complexes. Le problème, c’est moins la compréhension que la vitesse d’exécution et la cohérence globale. Parce que pendant qu’on annonce des ambitions, sur le terrain, on continue parfois à envoyer des signaux contradictoires.

Nicolas Jambin : On voit aussi évoluer les positions au niveau européen. Les récentes déclarations d’Ursula von der Leyen marquent-elles un tournant selon toi ?

Guillaume Niarfeix : Oui, et c’est probablement l’un des signaux politiques les plus intéressants du moment.

Ursula von der Leyen a reconnu très récemment que la baisse des investissements dans le nucléaire en Europe avait été une « erreur stratégique ».

Ce n’est pas anodin. Pendant des années, le nucléaire a été marginalisé dans le débat européen. Là, on a la présidente de la Commission qui dit clairement qu’on s’est trompés en tournant le dos à une énergie fiable, abordable et bas carbone.

Et surtout, ce n’est pas qu’un aveu symbolique. Derrière, il y a une inflexion réelle : volonté d’éviter la fermeture prématurée de centrales, soutien aux investissements, mise en avant du nucléaire comme pilier complémentaire des renouvelables.

Pour moi, ça confirme quelque chose d’essentiel : l’Europe commence à sortir d’une approche idéologique pour revenir à une approche pragmatique.

Mais là encore, il faut transformer l’essai. Reconnaître une erreur, c’est une première étape. Corriger des décennies de sous-investissement, c’en est une autre.

Nicolas Jambin : Et du côté du gouvernement, notamment du Ministre de l’Industrie, est-ce que tu sens une prise de conscience plus large ?

Guillaume Niarfeix : Oui, clairement. Il y a aujourd’hui, au sein de l’appareil d’État, une conscience beaucoup plus forte du lien entre énergie et industrie.

Roland Lescure, comme d’autres, a bien compris que sans énergie abondante, stable et compétitive, il n’y a pas de réindustrialisation possible. Le discours évolue dans le bon sens.

Mais encore une fois, entre le discours et l’action, il y a un écart. On parle de souveraineté industrielle, mais on continue à dépendre massivement d’importations énergétiques et technologiques.

Le conflit actuel entre Israël, les Etats-Unis et l’Iran propulse les cours du pétrole à des sommets.

Le conflit actuel entre Israël, les Etats-Unis et l’Iran propulse les cours du pétrole à des sommets.

Nicolas Jambin : Que penses-tu du discours de Jean-Marc Jancovici sur ces sujets ? Tu sembles à la fois proche et critique de ses positions.

Guillaume Niarfeix : Oui, parce qu’il a un énorme mérite : il a remis l’énergie au cœur du débat public. Et il a raison sur beaucoup de constats.

Mais je pense qu’il simplifie parfois trop. Dire que le prix élevé de l’énergie n’est pas un problème, par exemple, c’est ignorer la réalité industrielle et sociale.

Quand le litre d’essence dépasse 2,20 €, ce n’est pas abstrait. Quand une usine ferme parce qu’elle ne peut plus payer son énergie, ce n’est pas théorique.

Le sujet, ce n’est pas seulement de réduire la consommation. C’est de produire mieux, plus proprement, et surtout de manière souveraine.

3. Réindustrialisation, souveraineté et stratégie énergétique globale

Nicolas Jambin : Dans ton livre, tu parles aussi beaucoup de réindustrialisation. Peut-on vraiment concilier industrie et décarbonation ?

Guillaume Niarfeix : Non seulement on peut, mais on doit. Le problème, c’est qu’on a confondu énergie et carbone.

On a voulu réduire l’énergie, alors qu’il fallait réduire les émissions. Ce n’est pas la même chose.

L’Europe a une chance unique : elle peut produire une énergie largement décarbonée, notamment grâce au nucléaire. C’est un avantage compétitif énorme… qu’on n’utilise pas assez.

La bonne équation, c’est simple : plus d’électricité bas carbone, plus de réseaux, plus de flexibilité, plus d’investissement. Et surtout, arrêter d’opposer nucléaire et renouvelables. C’est un faux débat.

Nicolas Jambin : Quand tu regardes les États-Unis et la Chine, qu’est-ce qui t’impressionne le plus ?

Guillaume Niarfeix : Leur cohérence stratégique.

Les États-Unis, avec leur politique énergétique, ont remis l’énergie au cœur de leur puissance. Le “drill baby drill”, on peut le critiquer, mais il y a une logique : sécuriser, produire, maîtriser.

La Chine, elle, a une vision industrielle à long terme. Ils ont investi massivement dans les technologies vertes, dans le solaire, dans les batteries. Aujourd’hui, ils dominent ces marchés.

Pendant ce temps, l’Europe a laissé filer ses avantages. On était en avance sur le solaire il y a 15 ans. Aujourd’hui, on importe des panneaux chinois.

5. L’Afrique, nouveau front stratégique de l’énergie et du développement

Nicolas Jambin : Ton expérience en Afrique est centrale dans ton parcours. Qu’est-ce que ça change dans ta lecture de l’Europe ?

Guillaume Niarfeix : Tout.

Quand tu travailles en Afrique, tu comprends une chose très simple : sans énergie, il n’y a rien. Pas d’industrie, pas de services, pas de développement.

Tu regardes une carte de nuit depuis l’espace : là où il y a de la lumière, il y a du développement. Là où il n’y en a pas, il n’y a rien.

Ça remet les choses en perspective. En Europe, on a vécu avec une énergie abondante, accessible, presque invisible. On a oublié d’où elle venait.

L’Afrique, c’est un rappel brutal : l’énergie, c’est la base de tout.

En 2024, Guillaume NIARFEIX prend la Présidence de la CCI Franco-Nigériane

En 2024, Guillaume NIARFEIX prend la Présidence de la CCI Franco-Nigériane

Nicolas Jambin : Est-ce que l’Afrique peut devenir un partenaire stratégique pour l’Europe ?

Guillaume Niarfeix : Oui, mais à condition de changer d’approche.

On ne peut pas être dans une logique extractive, opportuniste. Il faut construire des partenariats équilibrés, avec du transfert de compétences, des infrastructures, une vision commune.

L’Afrique, c’est une réserve de croissance immense. Une démographie dynamique, des besoins énormes, des opportunités technologiques.

Si on joue collectif, on peut créer une relation gagnant-gagnant. Sinon, d’autres le feront à notre place.

Nicolas Jambin : On parle beaucoup de “chocs” énergétiques. Le blackout ibérique récent en est-il un signal faible ?

Guillaume Niarfeix : Oui, mais il ne faut pas surinterpréter.

Ce n’est pas un effondrement systémique. Mais c’est un signal. Les systèmes électriques deviennent plus complexes, plus interconnectés, plus fragiles.

Ça nous rappelle que la sécurité énergétique n’est jamais acquise. Et dans des sociétés de plus en plus électrifiées, les conséquences peuvent être majeures.

Guillame NIARFEIX avec Babajide Sanwo-Olu, Gouverneur de l’État de Lagos,

Guillame NIARFEIX avec Babajide Sanwo-Olu, Gouverneur de l’État de Lagos,

5. Vers une Europe énergétiquement robuste : vision et conditions de réussite

Nicolas Jambin : Est-ce que tu penses qu’on est déjà dans un “électrochoc” ou encore dans l’inertie ?

Guillaume Niarfeix : On est entre les deux.

La prise de conscience existe, surtout à cause des prix. Les industriels, eux, ont compris depuis longtemps.

Mais la transformation est lente. Il y a un décalage entre ce qu’on dit et ce qu’on fait.

Et surtout, on continue à raisonner à court terme. Or, l’énergie, c’est du temps long. C’est 20, 30, 40 ans.

Nicolas Jambin : Si tu te projettes à horizon 2030–2035, à quoi ressemble une Europe énergétiquement robuste ?

Guillaume Niarfeix : Une Europe plus souveraine.

Qui produit davantage localement. Qui importe moins. Qui électrifie intelligemment ses usages. Qui sécurise ses chaînes de valeur.

Mais surtout, une Europe qui redonne de la visibilité aux investisseurs et aux industriels.

Aujourd’hui, des entreprises européennes préfèrent investir aux États-Unis. Ce n’est pas normal.

Il faut recréer de la confiance, de la stabilité, de la cohérence.

Nicolas Jambin : Un mot de conclusion ?

Guillaume Niarfeix : Oui. Le message est simple.

L’énergie n’est pas un sujet technique. C’est la base de notre souveraineté, de notre prospérité, de notre pouvoir d’achat.

On a encore tous les atouts : des compétences, des technologies, une population éduquée.

Mais il faut de la lucidité, du courage, et surtout arrêter les débats idéologiques.

Regarder les faits. Regarder la science. Et construire sur le temps long.

Parce que sinon, d’autres le feront à notre place.

#LEADERS, c’est le programme de mindrush qui met en lumière celles et ceux qui transforment leur secteur grâce à des idées nouvelles, des projets audacieux et un impact réel.

Si votre parcours, votre vision et votre engagement correspondent à cet esprit, venez raconter votre histoire, partager vos convictions et inspirer une communauté en quête de sens et de changement. Nous serions ravis d’échanger avec vous : https://www.mindrush.co/contact


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