Clausewitz a buggé
Le nouveau format du concours de l’École de Guerre venait à peine d’être introduit que les premières critiques fusaient déjà. Les couloirs…
Clausewitz a buggé
Le nouveau format du concours de l’École de Guerre venait à peine d’être introduit que les premières critiques fusaient déjà. Les couloirs des états-majors bruissaient de commentaires et chacun y allait de son analyse. Trop de ceci, pas assez de cela. Sélectionner les futurs chefs avait toujours été un sujet sensible, mais avec la fin du XXème siècle et l’accélération dans l’évolution de la conflictualité, imaginer de quel bois seraient faits les chefs de demain devenait un exercice particulièrement complexe. Quelles qualités fallait-il détenir ? Comment les détecter ? Comment les développer ? Un bon officier d’état-major était-il nécessairement un bon général de brigade ?

La cordée, aquarelle de l’auteur
Le nouveau parcours de sélection avait rompu avec une vision classique du chef, de sa place dans le processus de décision et surtout, il mettait en avant de nouvelles compétences dont on avait perçu l’émergence avec le retour de la guerre en Europe, la robotisation des armées et le recours systématique à l’assistance de l’intelligence artificielle.
- On se croirait dans un jeu télévisé, comme il y a vingt ans avec Koh-Lanta, Top Chef ou je ne sais quoi. Vous verrez, Philippe, ils vont finir par faire voter le public si ça continue !
Le colonel William n’était visiblement pas convaincu par le nouveau format des épreuves. Il venait de terminer la lecture de la note de service qui présentait les principales évolutions du concours pour l’année 2040. Il dévisageait le commandant Philippe qui se tenait face à lui et dont il devait accompagner la préparation durant les mois à venir. Le colonel, lui, avait été sélectionné sur son aptitude à synthétiser des documents, à produire un plan, seul face à sa carte et son thème tactique. Il avait appris à manœuvrer des « objets militaires » dont certains avaient depuis quasiment disparu du champ de bataille. Finalement peu de choses le différenciaient des figures de chefs du siècle dernier. Entre un Foch et lui il y avait sans doute moins de distance qu’entre lui et son subordonné. Il avait dû démontrer sa capacité individuelle à traiter de l’information pour concevoir et conduire la manœuvre tactique. Véritable Henry Ford de la guerre, synchronisant des capacités dans une mécanique bien pensée ne pouvant conduire qu’à la victoire par KO d’un adversaire surpassé. Mais le taylorisme militaire, dont la première guerre du Golfe avait été la quintessence en 1991, avait progressivement montré ses limites dans le combat contre le terrorisme. Cette vision et cette organisation des postes de commandement avait atteint son plafond de verre avec la résurgence des conflits de haute intensité dopés aux nouvelles technologies. La révolution de l’information était passée par là. En moins de vingt ans, le rôle du chef militaire avait considérablement changé.
Le colonel William avait bien vu, au fil des ans, les tensions qui naissaient, le fait qu’il n’arrivait plus à suivre le flot d’information qu’il recevait via des moyens toujours plus perfectionnés. On avait d’abord cru que l’on pourrait continuer comme avant en ajoutant des béquilles numériques dans l’ensemble des processus, y compris celui de préparer l’engagement et la manœuvre. Les systèmes de command and control pensés dans les années 2020 avaient été dopés à l’IA pour supporter la charge, mais l’édifice se fissurait. Il était devenu de plus en plus difficile d’intégrer les actions dans un ensemble cohérent, les états-majors devenus obèses, croulaient sous le poids des réunions de synchronisation. Le battle rhythm ne tenait plus dans le cycle circadien.
Alors il avait fallu changer. Pas simplement ajouter, mais véritablement changer. Une sorte de « reset », comme se plaisait à l’appeler ce groupe d’officiers qui, se fondant sur les RETEX, avait conclu qu’il fallait repenser en parallèle l’organisation du commandement et les capacités qui seraient essentielles à l’outil de défense de la Nation. La première manifestation visible de ce mouvement, c’était ce nouveau concours.
- Mais comment voulez-vous qu’on vous prépare à ça ! Il n’y a pas d’attendu, pas de thème à étudier, on ne sait même pas combien de temps dure l’épreuve !
Le colonel William marqua une pause avant de reprendre plus calmement.
- Mon vieux, dit-il en regardant son subordonné, sur ce coup-là, à part quelques conseils de lecture, je ne vais pas vous être d’un grand secours.
Le commandant le fixait en silence, un peu décontenancé par la réaction de son chef, mais finalement assez satisfait de ne pas avoir à supporter des heures de préparation avec lui.
- Merci, mon colonel, je ferai de mon mieux.
En quittant le bureau de son chef, le jeune officier regardait les tableaux qui décoraient le couloir : des combats de Valmy aux vallées afghanes, de Verdun à Tombouctou, c’était autant de fenêtres sur l’histoire militaire qui finalement illustraient l’adaptation continue de la figure du chef pour faire face au combat de sa génération. Philippe esquissa un sourire.
La préparation augmentée
L’échéance approchait plus vite que ce qu’il n’avait imaginé. Philippe avait d’abord suivi une approche classique : lectures, fiches, podcasts écoutés en courant. Mais rapidement, il avait compris que cette accumulation de connaissances ne suffirait pas. Il lui fallait quelque chose de différent, une méthode qui reflète la nature même du nouveau concours.
C’est ainsi qu’il avait découvert les agents IA spécialisés. Pas simplement un chatbot générique, mais un véritable système capable d’orchestrer des recherches complexes, d’analyser des corpus documentaires massifs et de structurer l’information selon ses besoins. Il avait passé une semaine à configurer son environnement : un agent principal, qu’il avait malicieusement baptisé Clausewitz, coordonnant plusieurs agents spécialisés. Ainsi, l’un était dédié à la recherche historique, un autre à l’analyse stratégique, un troisième à la cartographie des doctrines militaires.
Le système qu’il avait mis en place lui permettait d’interroger simultanément des dizaines de sources : archives militaires numérisées, RETEX des opérations récentes, thèses académiques, manuels de doctrine. Il avait dû contourner quelques règles de sécurité et s’infiltrer dans les bases de données du CDEM[1], mais « c’était pour la bonne cause » s’était-il dit. Chaque soir, après ses obligations de service, il lançait des requêtes ciblées, il « promptait ». « Hey, Clausewitz, compare l’évolution de l’organisation des états-majors entre la Seconde Guerre mondiale et la guerre en Ukraine. » L’agent décomposait la question, lançait des recherches parallèles, compilait les résultats et lui proposait une synthèse annotée avec les sources primaires.
Ce qui le fascinait particulièrement, c’était la capacité du système à établir des connexions qu’il n’aurait jamais faites seul. En analysant les conflits depuis 1945, l’agent avait identifié des patterns récurrents dans l’évolution des structures de commandement : la décentralisation progressive durant la guerre froide, l’hyper-centralisation de la première guerre du Golfe grâce aux nouvelles technologies de communication, puis le retour forcé à l’autonomie des échelons subordonnés face à la saturation informationnelle des années 2020.
Philippe avait constitué une base de connaissances privée, structurée en graphes conceptuels. Chaque conflit, chaque évolution doctrinale, chaque innovation technologique était un nœud relié aux autres par des relations causales, temporelles ou thématiques. Il pouvait ainsi naviguer dans l’histoire militaire comme dans un réseau vivant, comprenant non seulement les faits, mais leurs interconnexions.
Ses camarades de préparation avaient adopté des approches similaires. Ils se réunissaient chaque semaine pour partager leur travail, confronter leurs analyses et enrichir mutuellement leurs bases de connaissances. Ils avaient en outre connecté leurs agents IA sur un réseau social fermé qui leur été dédié. Dans cet espace leurs agents IA dialoguaient entre eux, en continu, créant une intelligence collective qui dépassait la somme de leurs contributions individuelles. Ils terminaient leurs soirées en jouant à des wargames historiques, testant en simulation les concepts qu’ils avaient étudiés, le tout sous le regard scrutateur de leurs agents.
Je suis prêt, pensa Philippe en recevant la notification de convocation sur son terminal professionnel.
L’épreuve
La convocation ne précisait ni l’heure exacte, ni la durée, ni même le lieu, seulement une adresse en banlieue parisienne. Cela faisait partie du processus de sélection : on ne savait pas vraiment quand et où auraient lieu les épreuves, ni véritablement la forme qu’elles prendraient.
- Bonjour. Première épreuve, vous avez quarante-huit heures. Vous avez accès à la tablette devant vous et à l’ensemble des ressources que vous pourrez y trouver. Ce qui n’est pas formellement interdit est autorisé.
L’écran venait de s’éteindre. Le commandant fixait encore le fond de la salle en entendant les verrous des portes se fermer. Autour de lui, dans cette salle sans âme d’un centre de conférence, une cinquantaine de candidats en civil, comme cela avait été mentionné dans la convocation. Aucun des camarades de son groupe de préparation n’était présent, sans doute avaient-ils été convoqués dans un autre lieu.
Ça démarre fort, se dit-il en levant la tête de son écran. Les candidats échangeaient des regards perplexes dans un silence de monastère. Pas de sujet, pas de copie, pas de cadrage… Un nouveau message apparut sur les écrans.
Liste des interdictions :
-
Sortir de la salle ;
-
Porter atteinte physiquement ou moralement à un autre candidat ;
-
Utiliser un moyen électronique qui ne soit pas la tablette fournie ;
La liste continuait en égrenant quelques évidences. Un murmure dans la salle se fit entendre.
- Y’a pas marqué qu’on ne peut pas parler…, murmura sa voisine. Et en effet, les candidats pouvaient communiquer.
Philippe reconnut des visages dans la pièce, d’autres officiers qu’il avait croisés çà et là, mais aucun dont il soit véritablement proche. Ils échangèrent des regards barrés d’un sourire crispé. Un QR code venait d’apparaître sur le pilier face à sa table d’examen. Il saisit machinalement sa tablette pour le scanner.
Un flux d’informations hétéroclites se déversa et sa tablette clignotait au gré des téléchargements de données qui s’effectuaient mécaniquement. Dépêches de presse, rapports classifiés, données statistiques, réseaux sociaux, banque d’images satellites…
Rapidement, Philippe fit le lien avec des dossiers qu’il avait analysés durant sa préparation. Les données qu’il venait de télécharger concernaient le suivi d’une crise en cours dans les Balkans. Depuis plusieurs semaines, des tensions refaisaient surface dans cette zone où les appétits de plusieurs puissances se confrontaient. Il commençait à parcourir les fichiers sans idée particulière, juste poussé par la curiosité. Un instant, il oublia qu’il était dans une salle d’examen et que la suite de sa carrière dépendrait sans doute du résultat de cette journée.
« Incident maritime en mer Adriatique », « Cyberattaque massive contre des infrastructures énergétiques croates », « Manifestations à Zagreb, Belgrade refuse tout commentaire », « Envolée des prix du gaz naturel », « Tension sur les marchés européens »
À côté de lui, le capitaine Sarah murmurait pour elle-même en parcourant les données sur sa tablette. Ses doigts faisaient glisser les dossiers sur l’écran et, machinalement, elle commençait à trier, classer, étiqueter, pour donner du sens à ces montagnes d’information. C’était son quotidien depuis qu’elle occupait un poste de data-analyst à la Direction du Renseignement Militaire. Alors, elle faisait ce qu’elle savait faire le mieux : faire parler la donnée.
Sans doute avant tous les autres avait-elle compris qu’il n’y aurait pas de questions, pas de sujet, mais que le problème à résoudre était là, face à eux : un chaos informationnel dans lequel il fallait naviguer, une tempête de data qu’il fallait faire parler pour qu’émerge un plan, des options, des solutions.
Sarah leva les yeux de sa tablette. Philippe la regardait, toujours interloqué.
-
Tu fais quoi ? lui demanda-t-il, un peu coupable de briser le silence religieux de cette salle d’examen.
-
Et toi ? C’est quoi ton approche ? répondit-elle sans sourciller.
Un bref silence, durant lequel ils se jaugèrent, puis Philippe se lança :
- Écoute, vu la montagne de trucs, si on ne s’organise pas, on perd tous. On se met ensemble ?
Ce qui n’était pas interdit était autorisé, et former des équipes n’était pas interdit.
Ils rapprochèrent leurs tables, suscitant la désapprobation de certains de leurs camarades.
- Hé ! Mais vous faites quoi là ? Ce n’est pas un groupe de parole ici, c’est le concours de l’École de Guerre !
Philippe ne répondit pas, adressant de la main un geste dont la clarté n’avait d’égal que la vulgarité. Sarah sourit et se dit qu’ils formeraient une bonne équipe.
Émergence
Deux heures plus tard, la salle était totalement reconfigurée. Les candidats, d’abord frileux, avaient suivi l’exemple offert par Philippe et Sarah, et des micro-équipes s’étaient formées. Quatre, cinq personnes, rarement plus. Au-delà, il fallait s’organiser et répartir des tâches, les « petits chefs » émergeaient, certains avaient essayé mais n’avaient pas été franchement bien accueillis. C’était malgré tout une sélection, se disaient-ils, et être un mouton dans un groupe ne devait pas faire partie de la solution recherchée. Ils avaient tort.
Marc s’était rapproché du binôme qui avait initié ce mouvement.
- Salut, Marc Beaucet, je suis économiste et je bosse à Bercy.
Sa coupe de cheveux trahissait en effet son statut de civil. Que pouvait-il faire là ?
Il faisait partie d’un programme expérimental, interministériel, de sélection de cadres. Pour rejoindre la haute fonction publique, il avait postulé à cette expérimentation. Lui non plus n’avait aucune idée de ce qu’il faisait là. Alors il avait décidé de se donner à fond.
Philippe avait rapidement vu que de nombreux candidats disposaient d’expertises variées. Il se demandait bien ce que lui allait pouvoir apporter à son groupe. Sarah et Marc étaient en grande conversation face à la tablette.
-
Non mais, regarde les flux financiers ! dit Marc en pointant du doigt des courbes colorées qui s’entrelaçaient sur l’écran partagé.
-
Ça saute aux yeux, quelqu’un mise à la hausse sur le secteur de l’énergie en Europe.
Philippe et Sarah se regardèrent, interloqués.
-
Et ?
-
Eh bien, c’est une évidence ! Ce n’est pas de l’opportunisme post-crise, mais de l’anticipation !
-
Ou simplement un pari, lâcha Sarah. Rien dans les autres paramètres n’indique de mouvement particulier.
-
Non, répondit sèchement Marc. Pas à ce niveau d’investissement ni avec ce genre de montages complexes pour masquer l’origine des fonds. Mais je te garantis que quelqu’un, quelque part, sait que la situation va dégénérer dans la zone et que les prix de l’énergie vont s’envoler.
Le petit groupe s’était organisé suivant un séquencement temporel : Sarah observait et analysait les données qui lui parvenaient en temps réel, elle était « la vigie ». Marc se concentrait sur le moyen terme, les jours et semaines précédentes, pour donner de sens et dégager une tendance et éclairer l’avenir proche. Philippe se retrouvait à organiser et exploiter un ensemble de données plus anciennes, pouvant remonter à plusieurs mois ou années, essayant pour sa part d’anticiper sur le long terme. Il s’était dit que sa formation classique et sa passion pour l’histoire pourraient être utiles sur ce segment.
- Quelqu’un veut manger un morceau ?
Philippe venait de se rendre compte qu’ils avaient déjà passé plus de quatre heures à s’organiser, se répartir les tâches et à échanger sur leur compréhension de la situation, et au passage, s’interroger sur l’attendu de l’examen. Car il n’y avait toujours ni sujet, ni question, mais un flot continu de données qui se déversait dans leurs tablettes.
-
Oui ! répondirent en chœur Sarah et Marc.
-
Et je propose qu’on fasse un point de situation au passage, ajouta-t-elle.
Au fond de la salle, des boissons et des sandwichs étaient alignés contre le mur. En se rapprochant de ce qui ressemblait à un buffet, Philippe remarqua également un tas dans l’angle de la pièce, avec des duvets et des lits de camp. En revenant avec de quoi manger et s’hydrater, il lança à ses camarades :
- Je crois qu’il va falloir « être et durer ».
Sarah et Marc levèrent les yeux vers lui, vides d’expression. Décidément, ces références militaires ne suscitaient pas vraiment l’enthousiasme. Il se lança dans une courte explication de cette devise qu’il avait faite sienne et dont il tirait la force d’avancer lorsque tout autour de lui disait d’abandonner. « Être et durer ».
Ses deux camarades commençaient à mordre dans leurs sandwichs « thon crudités ».
-
C’est pas mal pour un sandwich SNCF, lança Sarah, la bouche pleine.
-
Faisons un point plutôt que de parler gastronomie ferroviaire, lui rétorqua Marc, mi-agacé, mi-gêné par l’attitude de Sarah.
-
OK, on a quoi ?
Simulation ?
Le petit groupe échangeait ses conclusions tout en terminant de déjeuner. Marc, dont les fonctions à Bercy l’amenaient à suivre avec précision l’actualité économique et les soubresauts des marchés où il devait renégocier la dette française, fit part d’un doute sur la nature des données qu’ils exploitaient depuis plusieurs heures.
-
Honnêtement, je n’ai pas l’impression que ce soient des données d’exercice.
-
C’est-à-dire ? demanda Sarah.
-
C’est-à-dire que j’ai le sentiment que nous analysons des données réelles.
-
Pour les plus anciennes, je peux confirmer, se risqua Philippe.
-
Pour le flux temps réel, j’avoue que je n’en sais rien, reprit Sarah. Mais ça change quoi ?
Terminant sa bouchée, Marc fit une petite grimace avant de leur dire ce qu’il avait en tête depuis pas mal de temps maintenant.
-
Je pense que cela change la nature de ce que nous devons produire.
-
Comment ça ? s’étrangla Philippe.
-
Il me semble que ce n’est pas vraiment compliqué, nous devons soit faire une synthèse, soit produire un ordre pour une manœuvre de niveau brigade. Mais là, honnêtement, vu la situation, je penche pour la fiche synthèse.
-
N’importe quoi, souffla Sarah.
-
Quoi, n’importe quoi ? Tu as mieux peut-être, Mata Hari ? lâcha-t-il, agacé.
Le ton était rapidement monté et les yeux se tournaient maintenant vers eux. Sarah et Philippe se faisaient face, en silence. La tension dans leur regard n’était que l’expression du trouble qui les animait. L’enjeu était important et ne pas comprendre les tenants et les aboutissements de cette mise en scène plaçait les candidats au bord de la crise de nerfs pour certains.
- OK, OK, on se calme, Rocky.
Marc fit asseoir les deux officiers et reprit calmement.
-
Voilà ce que je vous propose : imaginons que nous ayons affaire à des données réelles. Quelle est notre première conclusion ?
-
Qu’il y a un truc pas net dans les Balkans ? se risqua Philippe.
-
Exact. Et que fait-on dans ces cas-là ?
-
Nous, à la Direction, on produit une note vers nos autorités pour les alerter et donner des éléments d’appréciation de situation.
-
Oui, exact. Nous faisons la même chose à Bercy : on va préparer une position pour le ministre et éventuellement des directives pour les services.
-
Nous, on va probablement lancer une planification sur la base des notes produites par Sarah et ses collègues. On va réfléchir à des « what if » et proposer des options militaires.
Les trois se regardèrent en silence. Et si la clé de cette journée d’examen était là ? Comprendre qu’il n’y aurait pas de question, pas de sujet à traiter, mais qu’au terme d’une primo-analyse de données, les candidats devraient proposer eux-mêmes des options et des solutions ?
Encore dans leurs pensées, le petit groupe fut interrompu par un message sur l’écran géant qui dominait la salle. Un chronomètre venait de s’afficher. Le compte à rebours égrainait maintenant les secondes : il affichait 12 heures et 31 minutes.
Machinalement, Philippe regarda sa montre et fit un rapide calcul mental.
- OK, le compte à rebours se termine demain à 4 h 50 du matin.
Sarah s’affaissa dans sa chaise en maugréant quelque chose comme :
- Je ne suis pas du matin…
Autour d’eux, les autres groupes avaient adopté des approches radicalement différentes. À leur gauche, un groupe de cinq candidats s’était structuré de manière hiérarchique : l’un d’eux, un commandant inscrit au tableau d’avancement, distribuait les tâches et coordonnait les efforts de son équipe. Efficace, mais rigide. À leur droite, trois candidats travaillaient en silos, chacun analysant les données de son côté, se croisant à peine, donnant le meilleur de leur compétences individuelles. Philippe se demanda si leur approche collaborative, presque organique, serait vue comme un atout ou comme un manque de leadership individuel.
Il revint à sa tablette qui venait de vibrer légèrement. Une orientation stratégique venait de leur être donnée. « Dans le cadre de la crise actuelle, une coalition pourrait intervenir. La France assurera le rôle de nation cadre ». Philippe se dit que « Clausewitz » serait un atout pour proposer une structure de force, une chaine de commandement et rédiger les premiers ordres préparatoires. Il réalisa que « tout ce qui n’est pas interdit est autorisé » et tenta de se connecter à distance à son agent. Il ne lui restait plus qu’à prompter efficacement.
« Bonjour Philippe, heureux de vous revoir »
Les archives qu’il avait étudiées durant sa préparation et dont il avait nourri son IA agentique, prenaient soudain tout leur sens. L’évolution des états-majors depuis 1945 n’était pas qu’un exercice académique mais devenait la clé pour comprendre ce qui se jouait ici. De la centralisation prussienne à la décentralisation du « mission command » américain, de la rigidité soviétique à l’agilité des forces spéciales modernes, chaque époque avait produit les structures de commandement adaptées à ses défis. Et maintenant, face à la saturation informationnelle, à l’hybridation des menaces et à la compression du temps de décision, l’état-major du XXIème siècle devait se réinventer.
Philippe leva les yeux vers Sarah et Marc. Ils formaient peut-être, à leur échelle, l’incarnation de cette nouvelle forme d’état-major : décentralisé, pluridisciplinaire, agile, capable de traiter massivement l’information tout en gardant le jugement humain au cœur du processus. L’agent IA qu’il avait utilisé pour se préparer n’était finalement que la préfiguration de ce qu’ils étaient en train de vivre : un système hybride où l’intelligence artificielle amplifie les capacités humaines sans les remplacer à condition de s’appuyer sur des données de qualités. Plus qu’une organisation par spécialité ou par « branche », ils avaient expérimenté une répartition temporelle du traitement de la donnée. Mais comment passer de l’analyse à la production ?
- Bon, au boulot, lança-t-il en se redressant. On a douze heures pour sauver les Balkans et proposer quelque chose.
Philippe se referma un instant et repris la parole.
- La situation est dynamique n’est-ce pas ? on ne peut pas simplement arrêter le flot d’information pour produire des options, on est d’accord ?
Marc et Sarah le regardaient un peu interloqués, Philippe avait le regard de celui qui a une idée mais qui cherche encore le moyen de l’expliquer pour convaincre.
- Voilà ce que je propose : on ne va pas faire un plan, mais on va proposer un système et des outils qui permettront au chef de situer son action dans le temps, de reprendre le contrôle sur les évènements. En clair on ne va pas dire ce qu’il faut faire et comment le faire, mais on va créer les outils et les organisations qui permettront de commander efficacement une coalition dans les circonstances présentes. Deal ?
Sarah sourit. Marc acquiesça. La nuit serait longue et les lignes de codes allaient remplacer les cadres d’ordre.
La nuit porte conseil
Les heures qui suivirent furent sans doute parmi les plus exigeantes que Philippe eût jamais vécues. Plus intenses que ses nuits en opérations, plus denses que ses semaines en cellule de crise au Centre de planification et de conduite des opérations. La perspective de devoir produire quelque chose en temps contraint sans même savoir si cela correspondait à l’attendu des examinateurs le plongeait dans un état de perplexité avancé. Autour de lui, la salle avait pris des allures de ruche. Une lumière blafarde dessinait de petits îlots de travail improvisé où chaque groupe avait organisé son territoire, repoussant tables et chaises pour créer des espaces qui ressemblaient, sans que personne ne l’ait vraiment voulu, à autant de postes de commandement miniatures.
Philippe avait finalement réussi à connecter Clausewitz depuis la tablette d’examen, mais pas au réseau d’agents de ses camarades de préparation. L’agent tournait seul. Il dévorait les données d’examen, proposait des architectures de commandement qu’il modifiait en temps réel sur la base des retours du trio. Philippe n’y préta pas immédiatement attention, mais il avait noté que les propositions de son IA agentique était parfois un peu « hors sol » ou simplement ne répondaient pas à la question initiale. Calusewitz dérivait lentement, mais surement, parfois au bord de l’hallucination.
Sarah alimentait le système avec les flux entrants qu’elle filtrait et catégorisait à une vitesse qui fascinait ses deux compagnons. Marc avait pour sa part construit un modèle de projection économique qui tentait de prédire les effets de second ordre d’une intervention militaire dans la zone et qui pourrait en tirer bénéfice.
Mais quelque chose clochait. Clausewitz butait sur des incohérences. Certains domaines étaient totalement absents du jeu de données. Le volet naval de la crise par exemple, semblait totalement sous représenté, or les enjeux de contrôle des accès par l’Adriatique devaient peser dans toute solution. Le « data set » présentait des trous béants, des zones entières pour lesquelles il n’existait rien. Pas d’information sur le trafic maritime, aucun relevé AIS, c’était comme si des pans entiers de la situation avaient été effacés. Philippe avait d’abord mis cela sur le compte d’une saturation du système ou d’un problème de téléchargement. Il avait relancé les requêtes, reformulé ses prompts, mais le vide persistait.
- Il me manque tout le volet maritime, lâcha-t-il à Sarah. C’est comme si on avait découpé la situation et qu’on n’en avait qu’un morceau. Avec ça on ne peut pas construire une véritable appréciation de situation.
Sarah haussa les épaules sans lever les yeux de son écran.
-
On fait avec ce qu’on a. On n’a jamais toutes les pièces du puzzle en matière de renseignement. Il faut gérer l’incertitude.
-
Mouias, lui avait répondu Philippe, moyennement convaincu par l’argument.
C’était la réponse d’une professionnelle certes, mais l’absence de données ne rassurait pas Philippe. Même si les trois candidats finirent par accepter ces lacunes, Clausewitz lui, fidèle à sa nature algorithmique, ne supportait pas le vide. Il signalait chaque incertitude d’un petit drapeau orange dans l’interface et plus sournoisement, il comblait parfois les trous dans les bases de données par des informations qu’il générait et qu’il évaluait comme statistiquement plausible. Malgré ces artifices, vers minuit, l’écran de Philippe était constellé de drapeaux orange.
Vers une heure du matin, un candidat d’un groupe voisin s’approcha. Philippe le reconnut vaguement, un officier de marine, à en juger par la façon dont il portait son polo civil, col relevé, avec une fausse décontraction qui ne trompait personne.
- Salut. On a vu que vous aviez bossé sur les flux financiers. Nous, on a pas mal de données sur les mouvements navals, mais on sèche sur l’économie. Ça vous dirait de croiser ?
Philippe hésita. Il regarda Sarah et Marc. Ils avaient trouvé leur rythme, leur complémentarité fonctionnait. Ouvrir le groupe, c’était risquer de casser cette dynamique. Et puis, dans un concours, on ne partage pas ses travaux avec ses concurrents. Cela paraissait une évidence.
- Merci, mais on gère de notre côté. Bonne chance à vous.
Le jeune marin repartit sans insister plus que ça, les mains dans les poches. Philippe nota qu’il fit le tour d’autres groupes et que certains, moins frileux, acceptèrent l’échange. Il ne s’y attarda pas et replongea vers sa tablette.
Vers trois heures du matin, l’épuisement commença à peser, contrairement à sa devise, Philippe et le petit groupe ne s’était absolument pas organisés pour « être et durer », ils avaient fait le choix de rester debout, et de tout donner jusqu’au petit matin. Quelques candidats s’étaient allongés sur les lits de camp, enroulés dans les duvets. D’autres luttaient devant leurs tablettes, le regard vitreux. Le groupe hiérarchique à leur gauche fonctionnait encore, mais en mode dégradé : leur chef distribuait toujours des ordres, mais plus personne ne semblait vraiment les exécuter. L’agacement était palpable.
Marc revint du buffet avec trois cafés. Ils s’accordèrent une pause, assis par terre, le dos contre le mur.
- Pourquoi as-tu choisi le renseignement ? demanda Philippe à Sarah, autant pour meubler le silence que pour satisfaire sa curiosité.
Elle souffla sur son gobelet avant de répondre.
- Parce que la vérité m’intéresse plus que l’action. Le problème des états-majors, c’est qu’ils veulent toujours agir, même sans savoir, ni comprendre, vous êtes programmés pour ça les biffins. Parfois, comprendre suffit. Parfois, comprendre, c’est déjà agir.
Marc sourit.
- À Bercy, on dit à peu près la même chose mais autrement : on ne résout pas une crise financière, on la comprend suffisamment pour que les marchés se calment d’eux-mêmes. Le reste, c’est de la communication.
Philippe les écoutait, son café tiédissant entre ses mains. Il repensait aux tableaux du couloir qui menait vers le bureau du colonel William. Valmy, Verdun, Nijrab, Tombouctou. À quoi ressemblerait le combat de sa génération ? Peut-être qu’il n’y aurait pas de tableau. Peut-être que le combat de sa génération ne se prêtait pas à la peinture à l’huile. Peut-être qu’il ressemblerait à cette salle : des gens fatigués, assis par terre, des gobelets de café à la main, essayant de donner du sens à un monde qui en manquait cruellement et qui allait beaucoup trop vite pour leurs cerveaux humains.
Il se releva, broya son gobelet entre ses mains. Fin de la pause.
- Allez, on finalise. On a un système de commandement à livrer.
Les heures suivantes furent un véritable sprint. Philippe structurait la proposition pendant que Clausewitz compilait et mettait en forme. Leur production prenait corps : non pas un plan d’opération classique, mais l’architecture d’un système de commandement adaptatif pour une coalition et des grandes options stratégiques. Un organigramme fluide, sans les silos traditionnels, organisé autour de trois boucles temporelles : temps réel, temps court, temps long, exactement comme ils s’étaient spontanément organisés entre eux. Sarah avait conçu un tableau de bord de fusion de données. Marc avait modélisé les interfaces avec les acteurs civils et les organisations internationales, des ébauches de plans d’action étaient prêtes. Philippe avait rédigé le concept d’emploi de ce système de PC et les règles de fonctionnement, autant que faire se peut.
À quatre heures trente, ils eurent le sentiment d’avoir produit quelque chose de solide. Pas parfait certes, mais cohérent. Les drapeaux orange de Clausewitz étaient toujours là, rappelant silencieusement les zones d’ombre, pourtant l’interface de leur système était complète, leur réponse, innovante, défendable. Philippe relut une dernière fois leur document de synthèse. Il était fier du résultat.
On a fait du bon boulot, pensa-t-il en regardant Sarah qui s’était endormie, la tête posée sur ses bras croisés, et Marc qui relisait ses modèles économiques avec l’obstination d’un moine copiste, la bouche ouverte en plus.
4 h 50
Le chronomètre atteignit zéro sans bruit. Les chiffres disparurent simplement de l’écran géant qui dominait la salle. Dans un mouvement simultané, les tablettes se verrouillèrent. Philippe secoua doucement Sarah.
- C’est terminé.
Un silence épuisé s’installa dans la salle. Avant même que certains ne réalisent que l’épreuve était finie, les portes s’ouvrirent. Un officier général entra, accompagné de trois personnes en civil. Probablement le président du jury se dit Philippe. L’officier général, une femme dont le regard trahissait une longue habitude du commandement et le combat permanent pour s’imposer, prit la parole d’un ton direct, presque familier.
- Bien. Chaque groupe va me présenter ses travaux. Cinq minutes, par groupe, pas une de plus. On commence par la gauche. En avant !
Les groupes se levèrent les uns après les autres pour se rendre sur l’estrade où, ce qui ressemblait à un jury les attendait. Les présentations s’enchaînèrent. Le groupe hiérarchique présenta un plan d’opération classique, soigné, bien structuré, avec des phases et des lignes d’opération impeccables. Du bon travail d’état-major. Le groupe des solitaires proposa trois analyses individuelles brillantes mais déconnectées les unes des autres, trois visions du monde qui ne s’étaient jamais rencontrées ni confrontées à la réalité des données. D’autres groupes présentèrent des travaux inégaux, certains remarquables, d’autres confus, certains quittèrent la salle sans rien proposer.
Quand vint leur tour, Philippe se leva. Il parla du système de commandement adaptatif, des trois boucles temporelles, de l’intégration civilo-militaire, de l’usage de l’IA comme amplificateur du jugement humain. Sarah compléta sur la fusion de données. Marc conclut sur la dimension économique et le modèle d’interfaces interministérielles.
Cinq minutes, pas une de plus.
Le jury écoutait sans rien noter, une synthèse automatique lui était proposait via une application mobile. L’officier général hocha imperceptiblement la tête, puis attendit que toutes les présentations soient terminées. Elle se leva, fit quelques pas devant l’écran géant éteint, et prit la parole d’une voix calme.
- Je vais vous poser une seule question, et je vous demande d’y répondre honnêtement. Combien d’entre vous ont échangé des informations avec un autre groupe durant l’épreuve ?
Quelques mains se levèrent. Timides, éparses. Philippe remarqua que le marin au col relevé avait la main en l’air. Pas lui.
Elle laissa un silence s’installer, puis reprit.
- Chaque groupe a reçu un jeu de données différent. Incomplet. Volontairement incomplet.
Un murmure parcourut la salle. Philippe sentit quelque chose se figer dans sa poitrine.
- Certains avaient les données navales. D’autres le volet cyber. D’autres encore les renseignements sur les acteurs étatiques impliqués. D’autres les données financières détaillées. L’image complète de la situation n’existait dans aucune tablette mais elle était partout dans cette salle.
Les drapeaux orange de Clausewitz. Les trous dans les données maritimes. Les pièces manquantes que Philippe avait contournées à coups d’hypothèses. Ce n’étaient pas des bugs ni des oublis. C’était le test. Comment avait-il raté ça ?
Philippe repensa au marin. À sa proposition d’échanger. À son propre refus, poli mais ferme. Il avait eu l’audace de former une équipe au début de l’épreuve, mais pas celle d’ouvrir cette équipe au-delà de sa zone de confort. En définitive, Il avait bâti un micro-état-major classique et avait reproduit exactement le cloisonnement qu’il prétendait combattre.
Sarah, à côté de lui, avait pâli. Elle qui passait ses journées à fusionner des données venues de dizaines de sources n’avait pas pensé à s’ouvrir à d’autre que celles présentes sur sa tablette. Marc, le visage fermé, fixait ses mains posées à plat sur la table. L’économiste qui voyait des patterns dans les flux financiers mondiaux s’était satisfait de ce qu’il avait sous les yeux, il était dans sa zone d’expertise et n’avait pas cherché à en sortir.
L’officier général ne commenta pas davantage et profitait du trouble généré par ces derniers mots. Elle ne distribua ni blâme, ni félicitations, ni résultats. Elle regarda simplement l’assemblée, laissa le silence faire son travail, puis conclut :
- Il n’y a donc pas de bonne réponse. Ce que vous avez montré depuis hier nous permet d’évaluer votre capacité à gérer la complexité collective. Rendez-vous dans quelques semaines pour la poursuite des épreuves.
Elle quitta la salle sans se retourner, suivie de ses trois accompagnateurs silencieux. Les portes restèrent ouvertes.
Être et durer
Les candidats quittèrent la salle par grappes, un peu hébétés et surtout épuisé par cette séquence où ils avaient vu leurs certitudes ébranlées. Certains étaient furieux, d’autres soulagés. Sarah et Marc s’étaient arrêtés près de la sortie.
-
On se revoit pour la prochaine épreuve, alors ? murmura Sarah avec un demi-sourire.
-
Si on m’y réinvite, ajouta Marc, la mâchoire légèrement crispée.
Dans le hall du centre de conférence, adossé à un pilier, un gobelet de café à la main, le colonel William attendait. Philippe n’en fut pas surpris et trouvait même le geste élégant de la part de son chef.
- Alors ?
Philippe chercha ses mots. Il pensa à tout ce qu’il pourrait dire. Qu’il avait formé une bonne équipe. Qu’il avait prompté un agent IA toute la nuit. Qu’il avait, avec ses camarades, conçu un système de commandement dont il était fier. Qu’il avait passé douze heures à construire quelque chose de remarquable sur des données incomplètes parce qu’il n’avait pas pensé à parler aux autres. Qu’il avait prôné la fin des silos tout en s’enfermant dans le sien. « Nul n’est prophète en son pays » se dit-il.
- Je crois que le concours n’est pas terminé, mon colonel.
Le colonel William le regarda un instant. Il esquissa un sourire, le premier que Philippe ne lui eût jamais vu, et lui tendit un second gobelet de café qu’il tenait dans l’autre main.
- Être et durer, Philippe. Être et durer, je suis sûr que vous avez fait de votre mieux.
Philippe prit le café. Il était brûlant, comme tous les cafés instantanés de machines à café collectives. Il regarda le parking qui se vidait, les lampadaires qui clignotaient avec de s’éteindre un an un renonçant face à l’aube naissante. Qu’allait-il bien pouvoir faire en attendant la seconde épreuve ?
Il allait sans doute maintenant apprendre ce qu’aucun agent IA, aucune base de données, aucun graphe conceptuel ne pouvait lui enseigner : qu’on ne résout pas la complexité en construisant un excellent petit groupe — on la résout en connectant les groupes entre eux.
Il but une gorgée de café en s’asseyant dans l’abri bus ou d’autres camarades attendaient en silence, il esquissa un sourire et éteignit son téléphone, déconnecta Clausewitz et sortit de son sac un livre. Peut-être allait-il trouver derrière la couverture cornée de « Teams of Teams » ce qui lui avait fait défaut durant l’épreuve. Le concours n’était pas terminé. Il venait de commencer.
[1] CDEM, Centre de documentation de l’école militaire.
메타데이터
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