Bell Hooks, Le féminisme au service de l’éducation parentale.
Plus connue sous son nom de plume : Bell Hooks, Gloria Jean Watkins est une femme afro-américaine, féministe, écrivaine et militante née…

Bell Hooks, Le féminisme au service de l’éducation parentale.
Plus connue sous son nom de plume : Bell Hooks, Gloria Jean Watkins est une femme afro-américaine, féministe, écrivaine et militante née en 1952. Incontournable dans son domaine, ses écrits ont définitivement marqué l’évolution du féminisme. Conçu pour pouvoir être lu par tout le monde, son livre, Feminism is for everybody, définit le féminisme en soulignant sa nécessité dans notre société. Le livre est disponible sur internet gratuitement.
Dans cet article, je vais résumer/interpréter le chapitre 13 intitulé : Feminist Parenting. Toutes les citations seront issues du texte original, donc en anglais, en espérant que l’interprétation que j’en ferais permettra à mes lecteurs non-anglophones de pouvoir tirer un maximum d’informations. Je tiens à préciser que mon interprétation ne vise pas à être exhaustive, ni à être un substitut de la lecture de ce chapitre. En s’inscrivant dans le cadre de mon projet Tranverse, cet article permettra de donner quelques pistes de réflexions pertinentes aux futures thématiques que nous aborderons.
Avant de commencer, il me semble important de partager la définition de Bell Hooks sur le féminisme : Le féminisme est un mouvement visant à mettre fin au sexisme, à l’exploitation sexiste, et à l’oppression.
Bell Hooks commence ce chapitre en expliquant que le féminisme parental est une composante centrale du féminisme radical contemporain*1. Elle insiste sur le fait que les féministes ont souvent proclamé l’importance d’éduquer les jeunes filles à déceler les préjugés sexistes en proposant des images alternatives. Habituellement, ces mêmes féministes ne voulaient pas inclure les garçons dans cette didactique par présupposé qu’ils sont déjà privilégiés par la société et ne nécessitent donc pas d’une telle éducation. À la suite, elle explique en quoi l’éducation féministe s’adresse aujourd’hui — et pour le meilleur — à tous les sexes.
Dans le second paragraphe, elle met en avant le fait que, dans un contexte patriarcal, la mère est la principale source de transmission de pensée sexiste dans la famille : “One of the primary difficulties feminist thinkers faced when confronting sexism within families was that more often than not female parents were the transmitters of sexist thinking’’ (p.72). Ce à quoi j’aimerais ajouter que dans la configuration du statu quo, le rôle attribue à la mère est d’être une donneuse de soin (caregiver) puisque c’est elle qui reste à la maison et de ce fait injectes des pensées, des manières de faire à l’enfant. En d’autres termes, la mère étant la plus proche de l’enfant, son influence est alors plus prépondérante sur l’enfant que celle du père, dans le contexte d’une éducation patriarcale et sexiste. Elle objecte l’argument — tenu par les conservateurs — selon lequel une mère célibataire serait incapable d’élever, de façon saine, un garçon au même titre qu’elle serait incapable d’élever un garçon patriarcal, sexiste.
Le troisième paragraphe explique l’argument — que j’affecte particulièrement — selon lequel notre société suprémaciste, blanche, patriarcale et capitaliste, usurpe, par sa culture de la domination, les droits des enfants. Ce à quoi elle ajoute que le féminisme est le premier mouvement pour la justice sociale qui a mis en avant le fait que notre culture n’aime pas les enfants — je précise que pour Bell Hooks, il n’y pas d’amour sans justice. “Feminist movement was the first movement for social justice in this society to call attention to the fact that ours is a culture that does not love children, that continues to see children as the property of parents to do with as they will.”(p.73) L’autocratie générée par la domination masculine dans le foyer est source de violence physique et verbale de la part des hommes et des femmes. À cause de cette culture de la domination, les enfants sont alors déshumanisés (mon terme) et deviennent les réceptacles de comportement sexistes, abusifs, de la part du père, mais aussi — si ce n’est pas plus — de la part de la mère : ‘’Women perpetuate this violence as much as men if not more. A serious gap in feminist thinking and practice has been the refusal of the movement to confront head-on adult female violence against children’’. Dans notre société actuelle, l’éthique de la domination est si banalisée qu’il est fort probable que nous ayons tous déjà entendue “c’est le plus fort qui fait la loi, ou c’est l’homme de la maison qui décide, etc.” J’aimerais inviter mes lecteurs à réfléchir sur les propos sexistes, patriarcaux, ou qui font référence à une éthique de la domination, dont ils ont été des témoins/victimes à l’école. (N’hésitez pas à commenter sous le post Instagram concernant ce chapitre.).
Bell Hooks pointe l’importance d’une éducation non-violente envers les enfants. Elle démontre en quoi les mères qui punissent leurs garçons par des gestes violents plantent en eux la graine de la domination et ainsi génèrent plus tard des comportements abusifs que ce soit contre les femmes, mais aussi dans toutes les relations que l’enfant développera. Elle précise que pourtant, lorsque ce type de punition est faite sur les enfants, elles sont généralement tolérées et ainsi génèrent une dangereuse banalisation de l’éthique de la domination dans nos mœurs. (mon avis) Frapper un enfant, quelle que soit la bêtise, n’est pas seulement immorale dans le principe en lui-même, mais est surtout condamnable ; car c’est en habituant l’enfant à l’indignation que génère la domination, qu’on condamne l’adulte qu’il deviendra à reproduire ce mécanisme oppressif et oppressant et de ce fait, délibérément, nous perpétuons l’éthique de la domination à aliéner les mœurs de nos sociétés.
La dénonciation des abus sexuels par les féministes et le fait de reconnaître toute forme de violence comme un abus, a fait émerger une éthique et une morale positive qui a permis de libérer la parole des enfants sur les violences sexuelles. Se focalisant exclusivement sur la violence masculine, les féministes ont parfois manqué de préciser que ces violences sont intrinsèquement liées à la domination et au contexte patriarcal. En ce sens, si les violences au sein du foyer se produisent, c’est que la mère en est complice aussi et c’est pour cela que l’accent sur le contexte patriarcal, et non pas exclusivement masculin, est nécessaire. Les abus sexuels masculins sur les enfants sont plus fréquents et plus souvent signalés que les abus féminins, mais la coercition sexuelle des femmes sur les enfants doit être considérée comme tout aussi horrible que les abus masculins (p.75). Elle insiste sur le fait que les femmes qui participent à la coercition sexuelle des enfants doivent être autant critiquées et blâmées que les hommes.
L’autrice expose une des interventions les plus positives du féminisme, qui, selon elle, est d’avoir permis une sensibilisation culturelle sur la nécessite pour les hommes de participer à l’éducation des enfants. En effet, le rôle anti-sexiste du père n’est pas seulement nécessaire pour créer l’équité entre les sexes, mais aussi nécessaire pour établir des meilleures relations avec les enfants et améliorer la vie de l’enfant à tous les niveaux. Hooks précise ensuite que les féministes visionnaires — une politique sage et aimante — n’a jamais dénié l’importance du rôle masculin dans l’éducation des enfants.
Hooks démontre ensuite en quoi la discrimination des mères célibataires au sein de la société est un préjudice énorme sur le bien-être des enfants élevés par des mères célibataires. Elle insiste sur le fait que quand bien même une mère est célibataire, avec peu ou beaucoup de revenues, sa capacité a élever un enfant n’en reste pas moindre. En effet, le discours hégémonique et utopique de notre société valorise le patriarcat familial ; le profil du père et de la mère comme indispensable a une éducation digne de ce nom. Or, de nombreux exemples nous montre aujourd’hui que ce format familial n’est pas la garantie d’une enfance heureuse, ni une promesse d’amour pour les enfants. L’autrice dit, par la suite, qu’un enfant doit être éduqué dans un environnement aimant, et que là où il y a de la domination, il n’y pas d’amour. Des parents aimants (pas d’amour sans justice), qu’il soit hétéro ou gay, célibataire ou en couple, ont beaucoup plus de chances d’élever sainement un enfant, de le rendre heureux, en leur apportant une estime d’eux-mêmes décente. Les mouvements féministes sont pro-familles, ajoute-t-elle, et en finir avec la domination patriarcale de l’enfant, par les femmes et les hommes, est la seule manière de faire de la famille un endroit sécurisant, libre et où l’enfant peut connaitre l’amour.
Bell Hooks a écrit un livre — que je suis encore en train de lire et dont je parlerai bientôt sur Transverse — “Teaching to Transgress” “Enseigner pour transgresser”, qui aborde plus spécifiquement la pédagogie inclusive et féministe dont notre société a besoin. Je tenais à partager cette interprétation, ce résumé non exhaustif de texte, car ce livre est riche, accessible à tous et mérite à mon sens plus de considération en France. La pensée de Bell Hooks, bien que peut partager en France, reste à mon sens fondamentalement nécessaire et pertinente au regard des problématiques sociétales que nous affrontons, comme le racisme, le sexisme et l’oppression en général.
Avec ce résumé, j’aimerais inviter mes lecteurs à commenter, à réfléchir sur les propos discriminants qu’ils ont pu entendre à l’école, de la part du corps enseignant, de la direction ou des élèves. De plus, nous pouvons penser en quoi la pédagogie en elle-même et le fonctionnement du système éducatif peuvent être source de discrimination et d’oppression.
Merci de m’avoir lu, et j’espère vous avoir transmis l’envie de lire les livres de Bell Hooks.
Je vous invite à me retrouver sur Instagram : @transverse.co Pour toutes demandes ou questions : transverse.edu@gmail.com
Je ne répondrais pas à des propos malveillants et insultants, et je supprimerais tout commentaire mal intentionné.
1* Le féminisme radical est une philosophie qui met l’accent sur les racines patriarcales de l’inégalité entre les hommes et les femmes ou, plus précisément, sur la domination sociale des femmes par les hommes. Le féminisme radical considère que le patriarcat divise les droits, les privilèges et le pouvoir de la société principalement en fonction du sexe et, par conséquent, opprime les femmes et privilégie les hommes.
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