PMIA : RÉGULER L'IA EN BUVANT DU THÉ SOUS LES BOMBES
Un commentaire critique du point de vue de l'industrie 4.0 avec trois propositions d'action en conclusion.
PMIA : RÉGULER L'IA EN BUVANT DU THÉ SOUS LES BOMBES
Un commentaire critique du point de vue de l'industrie 4.0 avec trois propositions d'action en conclusion.
Voudrait-on arrêter des invasions barbares en proposant une partie de scrabble ? Oserait-on proposer du thé au milieu d’un bombardement ? On ne s’y prendrait pas mieux.
Tandis que les organisations industrielles post-covid hésitent entre survie et résilience, tétanisées pour certaines par la nécessité de réaliser en 24 mois ce qu’elles n’ont pas fait en 15 ans : les cimetières, à nouveau, vont se remplir de ceux qui se pensaient irremplaçables. L’industrie brûle, dévorée par l’IA. Que fait-on pour la défendre ? Le PMIA est-il l’annonce d’un événement signifiant ou plutôt son contraire, l’événement d’une annonce sans empreinte sur l’échelle de Richter ?
Dans ce contexte, posons un regard exigeant sur le [Partenariat Mondial pour l’Intelligence Artificielle](http://Lancement du Partenariat Mondial pour l’Intelligence Artificielle par quinze membres fondateurs https://www.decideo.fr/Lancement-du-Partenariat-Mondial-pour-l-Intelligence-Artificielle-par-quinze-membres-fondateurs_a11965.html).
Quand on parle d’IA, on ne parle de rien d’autre que du futur de l’informatique. Tout sera IA. Et l’IA est déjà, à l’oral, le synonyme d’un logiciel de traitement automatisé de l’information. C’est donc la place du numérique dans nos sociétés et dans nos usines qui nous interpelle. Quelles tâches cognitives et manuelles allons-nous automatiser et quelles en seront les conséquences ?
Cette initiative franco-canadienne qui souhaite occuper le sujet technologique à des fins diplomatiques se targue de réunir à sa suite une quinzaine de pays aux profils et intérêts inégaux. Si l'approche est louable, elle souffre d'une politique démagnétisée, empêchée, vidée de sa puissance à transformer le réel. La faute bien souvent à son incapacité chronique à le nommer. La pensée politique irrite par son inhibition à transversaliser en profondeur. Les connexions sont opérées à la surface des problèmes et seul le besoin de communication est traité. On devine un outil "utile à l'extérieur" mais qui serait inefficient à répondre aux attentes de ceux qui font l'intelligence artificielle. Où est le mécano avec Gaia-X lancé il y a une semaine ?
Après les saillies volontaires de Thierry Breton dans l'arène européenne, après les tergiversations ambitieuses de l'ARCERP, après les postures élégantes de la FrenchFab, où est la vision industrielle et technologique permettant la récupération des points de PIB volatilisés ?
Par exemple ici, aucune mention n'est faite concernant la collecte massive de données ni la place des plateformes américaines dans la future vente à la découpe des patrimoines industriels. Or, quand on interroge les industriels allemands, leur première crainte se nomme Google. Non pas, parce que cette entreprise est capable de multiplier ou de diviser votre chiffre d'affaire grâce à son algorithme de référencement, mais Google, comme d'autres, avance vers les microcontrôleurs et souhaite descendre vers les échanges entre les machines pour pousser son modèle économique.
Heureusement, les "GAFAM désunis des états-unis" se font une compétition féroce. Et nos AGV et autres cobots ont encore quelques temps avant d’être faits prisonniers par les formats propriétaires des barbares du cloud. Siemens, Dassault Système, Schneider et consorts organisent la parade en gonflant leurs rangs par des partenariats. Cela suffira-t-il ?
Pourtant, ce serait une mission hautement politique et nous aurions d’importants bénéfices à définir l’intérêt général à travers des standards d’organisation des données massives - du data lake au data warehouse (OVH, toi aussi qui es en retard, puisses-tu m’entendre). Il ne s’agit pas que de discuter du sexe des anges autour des modèles algorithmiques. A ce titre, l’OPC UA en descendant vers l’IoT avec son TSN aurait tout à gagner après avoir touché les "field devices" à rebondir vers l’extérieur et le cloud en passant par la 5G. Les allemands à cet endroit ont été inspirés et vigilants en assumant le choix politique de laisser leurs industriels opérer leurs propres réseaux 5G. Tout laisse penser que nous finirons par les rejoindre, tôt ou tard, après avoir réalisé notre erreur stratégique et peut être aussi un jour, notre retard incurable en matière de déploiement. Là aussi serons-nous sauvés par l’état plateforme plutôt que par l’état stratège ? Devenir un état plateforme est-il devenu la dernière stratégies des états ?
Doit-on considérer que le refus d’accorder des délais à Bouygues pour renforcer son réseau 4G est déjà en soi une réponse ? Que proposera-t-on aux équipementiers réseaux comme réparation au préjudice subi lorsque viendra le temps du retrait des matériels Huawei ?
Pour l’instant, les plateformes évoquées ne sont pas encore des états... Et les états ne sont pas encore des plateformes. Chacune d’entre elle va pousser son format et son cloud, jusqu’à ce que les jumeaux numériques soient produits et gérés par des IA. Le PMIA aborde-t-il ce risque systémique pour toutes les industries ? Il semble bien que non. Pire, le champ borné des débats semble manquer à cette considération critique.
À ce moment, l’industriel moyen (mais majoritaire) qui sera passé du métier d’acheteur de machines (OT) à celui d’utilisateur de logiciels (IT) commencera à peine à respirer quand une nouvelle menace arrivera des standards de communication et des réseaux (TelCo) — je ne pense pas qu’à la 5G mais aussi au spatial avec Starlink par exemple... Avec l’achat de la moindre pièce matérielle, essentielle à la MRO ou à la fabrication, avec le remplacement d’un composant critique désormais connecté, parfois sans doute même avec la souscription d’un nouveau contrat de maintenance, il ouvrira sans le savoir son savoir faire à un logiciel automatisé de gestion du jumeau numérique ou à un service de cloud un peu trop intrusif. Plus dangereux : il intégrera une solution d’IA sans considérer la nécessité de produire et de protéger une base de connaissances. De la sorte, son organisation sera devenue stupide - automatiquement - car elle n’aura pas identifié, au-delà de la technologie, son modèle d’apprentissage et donc de valeur...
Certes, si le vernis appliqué sur le propos du PMIA dessine une alliance progressiste sur des questions allant du droit du travail au transhumanisme, il demeure que le nombre de laboratoires de recherche impliqués à sa naissance, moins nombreux que les doigts d’une main, augure d’une maturité à conquérir par le ralliement d’autres centres d’excellences. Il ne suffit pas de savoir énoncer une ambition. Autrement dit, si la bannière ne prend pas, cela fera pschiiit.
Néanmoins, à l’heure où chaque jour qui passe fait disparaître des entreprises sans raison d’être, la "motorisation" du PMIA par l’OCDE souligne, il faut le reconnaitre, une volonté pragmatique de standardiser les politiques publiques en matière d’IA. Espérons que cette organisation dépasse les faiblesses de sa naissance et ne connaisse pas dans cette énième bureaucratisation une mutation métastasique qui la transforme en reine du compromis mou et du consensus absurde.
L’optimiste en moi est tenté d’observer dans cette annonce un appel à la maturité de l’industrie du secteur du développement logiciel, traditionnellement grégaire et immature et de la recherche fondamentale, trop souvent éloignée des enjeux industriels. Il suffit de voir l’attrait saisonnier pour les frameworks et les investissements éphémères dans certaines technologies portées par des gourous ou des chercheurs effrayés par le terme de marketing ou de bussiness model. Les développeurs et les ingénieurs informaticiens se voient infligés encore trop souvent des stratégies d’animation de communautés et de communication relevant souvent de la kermesse aux gamers et à peine plus évoluées socialement qu’une LAN party (et c’est un geek qui parle).
Alors, quelles seraient les chantiers prioritaires du PMIA de notre point de vue, outre la coordination sur les standards des données massives ?
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L’urgence impose ce premier sujet : La reconnaissance biométrique des individus doit être rapidement encadrée en commençant par statuer sur la reconnaissance automatisée des personnes. Oui au contrôle d’accès, non à l’identification dans l’espace public. Car cela revient à mettre en place un suivi intrusif. Ai-je encore une liberté de déplacement quand tout le monde sait où je vais ?
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Définir l’augmentation de l’intelligence des individus et des organisations par des moyens automatisés. Il ne s’agit pas juste d’aider des PME à déployer de l’IA pour défendre des parts de marchés. Il s’agit d’accompagner en profondeur les métiers et les secteurs dans leur transformation en identifiant les modèles d’apprentissage derrière les solutions d’automatisation. Autrement, autant continuer à récolter les données dans les champs de coton numérique des GAFAM…
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Former aux nouveaux métiers et à la transition. Je suis de la génération qui a eu des cours d’informatique en CE1 et qui a pu commencer à coder dès l’âge de 7 ans. Je crois que n’importe qui peut appréhender les notions essentielles à l’intelligence artificielle. Des solutions sans aucune ligne de code apparaissent et permettent aux équipes de déployer facilement des workflows opérationnels de traitement automatisé des données. Elles sont à soutenir car elles jouent le rôle de porte d’entrée pédagogique vers des technologies stratégiques.
Enfin, puisse ce PMIA être un véritable partenariat mondial, où le monde trouve un bénéfice, par l’organisation des règles de la compétition technologique et industrielle autour de l’intelligence artificielle. En commençant par exemple par réguler la découpe des acteurs "brick & mortar" sans quoi, cette organisation ne sera ni mondiale ni un partenariat et elle risquera alors, devant l’Histoire, de n’être au logiciel que ce que la Société Des Nations fut à la seconde guerre mondiale...

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