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POUR CANAL+ C’EST UNE AFFAIRE D’EXÉCUTION…MAIS STRATÉGIQUE…

par Térence de Rieu dans MEDIA INSIDE sur CROONER RADIO en Dab+

Terence de Rieu · 2026-05-28 16:31 · 0 claps · 3.9 min read
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POUR CANAL+ C’EST UNE AFFAIRE D’EXÉCUTION…MAIS STRATÉGIQUE…

par Térence de Rieu dans MEDIA INSIDE sur CROONER RADIO en Dab+

Maintenant que toute la Grande Famille du Cinéma réunie à Cannes s’est séparée, chacun de retour dans son foyer, et que la température du thermomètre de la fureur émtionnelle et de la célébrité hystérisée est retombée, nous pouvons donc “reprendre le cours d’une activité normale” comme disait PPD, la marionnette de feue l’émission d’antan “Les Guignols”sur Canal+.

Canal+ justement qui aura payé le prix fort cette année avec la polémique de la “liste noire”, écornant lourdement et durablement non seulement son image de Parrain du Cinéma français mais aussi son statut de fer de lance d’un Audiovisuel français à la fois conquérant à l’International et dernier rempart culturel face à la guerre totale des plateformes de streaming et de Tech américaines.

Pourtant dans les faits, ce n’est rien de moins que la stratégie industrielle de Canal+, et seulement cela, qu’il faut voir en action derrière les coups de menton de son Président et sa soi-disant stratégie idéologique cachée et inféodée à un extrémisme bolloréen.

Et ce pour plusieurs raisons. D’abord et comme toujours dans le business, il y’a la psychologie et l’éducation : que ce soit à la direction de Canal+ ou chez Bolloré, il n’est question que d’une rationalité industrielle qui doit in fine toujours s’effacer au profit d’une éthique des affaires fondée sur la loyauté partenariale et une rancune tenace face aux attaques publiques. Et c’est bien de cela dont les dirigeants de la LFP et du cinéma français sont aujourd’hui victimes, avec un double prix à payer : d’abord celui d’être tout simplement exclu du plan stratégique industriel de CANAL+ et conséquemment celui de se voir privé de toute rémunération substantielle voire même in fine de toute rémunération du tout. Une stratégie “barre de fer” qu’ont compris, dans un registre différent, autant un Nicolas de Tavernost lorsqu’il rend son tablier de Patron de Ligue1+, que le producteur-acteur Jean Pascal Zadi qui s’excuse en se souvenant, après avoir publiquement éructé contre Canal+, que c’est ce dernier qui le paye…

Une rationalité industrielle barre de fer teintée de rancune tenace donc (aux antipodes autant du capitalisme madré et bourgeois “à la française” que de celui de culture “Wasp” anglo-saxonne) qui se fonde aujourd’hui sur la double “realpolitik” stratégique suivante pour le Groupe Canal+ : D’abord, il y a la France et l’Europe qui ne gagnent non seulement pas assez d’argent et qui risquent même d’en gagner moins du fait de la concurrence exacerbée des Netflix, YouTube et consorts : d’où la fin des accords avec Disney, d’où la non distribution de la plateforme TF1+, d’où l’arrêt de la distribution d’une ribambelle de chaînes thématiques condamnées à la fermeture, d’où l’arrêt des pertes hémorragiques de C8 et son écran noir, d’où l’arrêt de la diffusion des chaînes Canal+ en TNT d’où la non distribution de la Ligue 1…Et d’où en préparation un objectif de réduction drastique…voire quasi-complet des obligations à payer à l’industrie hexagonale du cinéma.

Cette exigence de profitabilité et de maximisation de la marge des activités françaises européennes est d’autant plus forte qu’elle a pour objectif de soutenir voire même de compenser les “moindres” (selon certains) ou les “décalages” (pour d’autres) de performance de la branche africaine avec Multichoice. La France et l’Europe doivent d’autant plus générer de cash que Canal+, en s’étant affranchi de Vivendi via une cotation en bourse indépendante, doit désormais afficher pour les marchés financiers un niveau de cash-flow et suffisant, voire même assurer seule ses besoins de financement en trésorerie, lesquels sont cruciaux pour que Canal+ soit capable, dans un futur aussi proche que possible, de redéployer financièrement les activités, mises en attente par force, que sont ViaPlay en Europe du Nord et Viu en Asie.

Dès lors, il est clair que Canal+ n’a aucune bonne raison de distribuer la Ligue 1, sauf au tarif variable minimum et à la marge (c’est-à-dire en option) dans ses offres (à moins que la Ligue et les clubs fassent preuve de créativité pour négocier comme évoqué dans notre chronique du 18 février dernier). Aucune raison également de maintenir une contribution élevée avec le cinéma français sachant que les films sont devenus désormais le produit le moins exclusif et le plus répandu, en quantité pléthorique sur toutes les plateformes de streaming…voir même sur YouTube. Encore moins de raison même de payer pour le cinéma français, alors qu’il suffirait juridiquement à Canal+ de séparer ses offres, en abonnements Cinéma d’un côté et abonnements Sports de l’autre, pour ramener mécaniquement l’addition à quelques millions d’euros au lieu des 160 millions actuels…

La tentation est donc forte et la réalité pour Canal+ est peut-être plus proche qu’on ne l’imagine de pouvoir espérer autant ramasser les droits de la Ligue 1 à la petite cuillère et de s’affranchir de règles coûteuses d’investissement relevant d’un temps télévisuel qui n’existe plus…

Face à cette urgence stratégique, on comprend mieux à la fois la parole désinhibée et décomplexée de Canal+ entendue à Cannes ou celle de Bolloré, ou de ses boys chez Hachette. Une parole d’autant plus libérée qu’elle permet en plus de mettre la pression au maximum et de façon opportune sur tous les acteurs de la filière cinéma dans la perspective de la renégociation autour de la chronologie des médias qui doit avoir lieu d’ici fin 2026 autour de l’exclusivité de la fenêtre Canal+, de la durée des droits et des fenêtres pour Disney+/Netflix/Amazon.

D’extrémisme donc chez Canal+, que nenni… Seulement, l’exécution froide, méthodique et presque quasi mécanique d’un plan stratégique d’entreprise…c’est certain. Mais un peu comme un fusil à un coup, face à des marchés financiers impatients, une Afrique entière qui scrute les mouvements du Frenchie de l’audiovisuel sur son continent, une concurrence qui guette la sortie de route, des équipes internes en quête d’idéal créatif, ou Bolloré lui-même….Tous prêts à dégainer…


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